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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/624

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revoyant le manoir paternel ; plus loin, lorsque Jocelyn doit ensevelir Laurence à la Grotte des Aigles, il pourra rappeler Chactas ensevelissant Atala ; car ce n’est pas, je l’ai déjà dit, par le point de départ singulier des situations que ce poème se distingue, mais par leur naturel, par leur développement, leur fraîcheur et leur jet de source à chaque pas ; par l’inspiration et l’émanation qui s’élève du tout : là vraiment se déploie l’originalité, le génie. Si vous avez perdu une mère, si, nourri aux affections de famille, vous avez éprouvé quelqu’une de ces grandes et saintes douleurs qui devraient rendre bon pour toute la vie, lisez, relisez, pour retrouver vos émotions les meilleures, la visite à la maison natale, l’évanouissement de la mère de Jocelyn, la rentrée folâtre des enfans du nouveau possesseur, courant de haie en haie, tandis qu’Elle, on l’emporte par l’autre porte sans connaissance ; et après cette mort, les larmes du fils pieux, sa foi soulageante, ses retours vers les jours passés de tendres leçons et d’enfance heureuse,

Quand le bord de sa robe était mon horizon !

Lisez pour vous, lisez aux autres ; baignez-vous, baignez-les dans ces salutaires et abondantes douleurs !

Après un court voyage à Paris (vers 1800), où il retrouve, sans lui parler, Laurence en proie aux dissipations du monde, et après avoir aussi conçu une rapide et profonde idée de la renaissance du siècle, Jocelyn s’enfuit à la hâte vers ses montagnes et se replonge en cet air âpre et vivifiant dont il a besoin pour ne pas défaillir. C’est à cette partie de sa vie que se rapportent les admirables enseignemens, si appropriés à l’esprit de son troupeau, la parabole du Nil, des Deux Frères, la leçon d’astronomie aux enfans du village, terminée par le dialogue de l’Aigle et du Soleil. On peut rapprocher moralement et littérairement ce genre familier au curé de Valneige de quelques belles paraboles des Paroles d’un Croyant et de celles de Krummacher, pasteur à Brême [1]. L’histoire du Tisserand

  1. M. l’abbé Bautain en a traduit la première partie, et M. Marmier a publié la suite. Krummacher est pasteur à Brême, comme Hebel, cité plus bas, était prélat protestant à Carlsruhe, comme Tegner le poète suédois, qui a fait entr’autres poésies ecclésiastiques une espèce d’idylle sur la Première Communion et la Consécration du Prêtre, est fils de pasteur et lui-même évêque de Vexio en Suède. On me parle aussi de Théremin, pasteur en Prusse, qui a fait des vers sur les cimetières et sur la mort. C’est, on le voit, une série toute pareille à celle des curés-poètes d’Angleterre.