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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/618

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la jeunesse et de la nature, en face du désastre ardent de la société ! C’est bien là le poète qui déjà s’était écrié, indiquant à l’ame blessée l’immortel dictame des forêts :

Mais la nature est là, qui t’invite et qui t’aime ;
Plonge-toi dans son sein qu’elle t’ouvre toujours !
Quand tout change pour toi, la nature est la même,
Et le même soleil se lève sur tes jours.

C’est bien de celui qui avait chanté par la bouche de Childe-Harold déclinant :

Triomphe, disait-il, immortelle nature ! etc., etc.

Mais la société reprend ses droits, le devoir parle, l’idylle n’a eu qu’un jour. Jocelyn apprend que son vieil évêque est dans les cachots de Grenoble, à la veille de l’échafaud, et qu’il réclame un de ses enfans. Jocelyn a découvert d’ailleurs que Laurence n’est qu’une jeune fille, que son père avait déguisée ainsi pour la commodité de la fuite, et que plus tard un confus sentiment de pudeur avait retenue. Il s’échappe donc une nuit, pendant le sommeil de Laurence, de la vallée périlleuse et troublée ; il accourt à Grenoble, il se glisse dans le cachot, et là, aux pieds du saint évêque qu’il trouve implorant tour à tour, menaçant et ordonnant, s’agite en lui la lutte pathétique dans laquelle il ne se relève que prêtre et à jamais consacré. Jocelyn debout reçoit la confession de l’évêque, l’absout et le prépare, mais lui-même le devoir accompli, dans l’épuisement de son effort surnaturel, il retombe saisi d’une maladie qui le jette jusqu’aux portes de la mort. Quand ses idées lui reviennent distinctes, il se trouve dans un hospice, entouré de sœurs charitables ; Thermidor est passé, l’on respire. Sa première pensée est qu’il est prêtre et que Laurence vit. La sœur de l’évêque va elle-même chercher à la Grotte des Aigles la pauvre agenouillée, qui attend depuis la fatale nuit, et qui ne veut pas croire à une séparation éternelle. Bref, cette séparation consommée, Jocelyn, qui a passé deux ans de convalescence morale et d’épreuve dans une maison de retraite ecclésiastique, reçoit la cure de Valneige, petit village situé tout au haut des Alpes ; et c’est de là que, vers 98,