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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/60

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ECRIVAINS CRITIQUUES


ET


HISTORIENS LITTERAIRES


DE LA FRANCE




II.

M. VILLEMAIN


Un sentiment qui semble naturel à la plupart des écrivains, critiques ou poètes, après le premier moment où l’on s’élançait avec union et enthousiasme dans la carrière, c’est la crainte d’être gêné dans sa libre expansion, d’être frustré dans sa part de louange par les hommes supérieurs qui continuent de nous primer, ou par les hommes distingués qui s’élèvent à côté de nous et nous pressent. Ce sentiment qui paraît être excité surtout aux époques de grande concurrence et de plénitude, au second ou au troisième âge des littératures très cultivées, sentiment utile et bon à vrai dire, en tant qu’il n’est qu’avertissement et aiguillon, devient faux s’il renferme une crainte sérieuse et une tristesse jalouse. A moins de venir à quelque époque encore brute, inégale et demi-barbare, à moins d’être un de ces hommes quasi fabuleux (Homère, Dante… Shakspeare en est le dernier), qui obscurcissent,