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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/520

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reconnaissance qui l’efface, mais bien l’amour. J’aime Lucrecia Amadei, ma fiancée, et je l’épouse parce que je l’aime.

— Pardon, seigneur comte, continua la Gualdrada ; mais il me semblait que le plus noble devait épouser la plus riche, la plus riche le plus noble, et le plus beau la plus belle.

— Mais jusqu’à présent, reprit Buondelmonte, il n’y a que le miroir que je lui ai rapporté de Venise, qui m’ait montré une figure comparable à celle de Lucrecia.

— Vous avez mal cherché, monseigneur, ou vous vous êtes lassé trop vite. Florence perdrait bientôt son nom de ville des fleurs, si elle ne comptait pas dans son parterre de plus belle rose que celle que vous allez cueillir.

— Florence a peu de jardins que je n’aie visités, peu de fleurs dont je n’aie admiré les couleurs ou respiré le parfum, et il n’y a guère que les marguerites et les violettes qui aient pu échapper à mes yeux, en se cachant sous l’herbe.

— Il y a encore le lis qui pousse au bord des fontaines et grandit au pied des saules, qui baigne ses pieds dans le ruisseau pour conserver sa fraîcheur, et qui cache sa tête dans l’ombre pour garder sa pureté.

— La signora Gualdrada aurait-elle dans le jardin de ce palais quelque chose de pareil à me faire voir ?

— Peut-être, si le seigneur Buondelmonte daignait me faire l’honneur de le visiter.

Buondelmonte jeta la bride aux mains de son page, et s’élança dans le palais Donati.

La Gualdrada l’attendait au haut de l’escalier ; elle le guida par des corridors obscurs jusqu’à une chambre retirée ; elle ouvrit la porte, souleva la tapisserie, et Buondelmonte aperçut une jeune fille endormie.

Buondelmonte demeura, saisi d’admiration ; rien d’aussi beau, d’aussi frais et d’aussi pur, ne s’était encore offert à sa vue. C’était une de ces têtes blondes, si rares en Italie, que Raphaël les a prises pour type de ses vierges ; c’était un teint si blanc, qu’on aurait dit qu’il s’était épanoui au pâle soleil du nord ; c’était une taille si aérienne, que Buondelmonte craignait de respirer de peur que cet ange ne se réveillât et ne remontât au ciel.