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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/477

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compensations, certes ce ne sera pas pour retomber dans les creuses chimères de la psychologie actuelle.

La petite réaction qu’on a faite contre le dix-huitième siècle il y a quinze ans, au nom de la psychologie, était malheureusement fort insuffisante. Nous venons, ce me semble, de saisir ce que l’on comprend si difficilement avec les psychologues, la notion du moi. Nous l’avons déduite du sentiment même de la vie. Les psychologues la font, dès l’origine, partir de la volonté, ce qui est une erreur. S’ils avaient plus profondément étudié la vie, ils auraient eux-mêmes mieux compris le moi, cet arcane de toute leur science, et ils se seraient fait comprendre. On les a écoutés, on ne savait que leur répondre, et pourtant on s’est beaucoup moqué de leur moi. Il n’y a point de volonté dans les animaux ; en quoi donc consiste le moi des animaux ? Quand nous n’exerçons pas notre volonté, quand nous nous abandonnons à la sensation, quand nous tombons dans le sommeil, que devient notre moi ? Les psychologues ont donné lieu de penser que ce moi dont ils parlaient tant n’était qu’une chimère, opposée à la sensation prêchée par le dix-huitième siècle.

Ce n’est pas de ce moi chimérique des psychologues que nous nous armons, je le répète, contre la doctrine de la sensation. C’est à la vie que nous en appelons, c’est la vie que nous étudions. Notre argument n’est fondé que sur la permanence de notre être après la sensation, et en dehors de la sensation.

Mais que faire de cette force permanente en nous, de cette force qui aspire, et qui aspire toujours ? Le vulgaire, qui n’a pas conscience de ce que c’est que la vie, n’en est pas embarrassé. À la manière des animaux il obéit à cette force, en passant de sensation en sensation, de désirs en regrets, de déceptions en déceptions. Seulement il suit également à son insu, comme des prescriptions supérieures, ce qu’ont enseigné quelques-uns des hommes qui, à toutes les époques, se sont fait la question qu’il ne se fait pas ; et de là résulte ce qu’il y a de moralité dans ses actions. Mais le sage se fait incessamment cette question.

Que ferons-nous, donc, je le répète, de cette force qui est en nous, et dont le propre est d’aspirer sans cesse ? Avec Platon, tournerons-nous cette force vers Dieu ? et dans cette voie, nous arrêterons-nous, avec les platoniciens, à des manifestations imparfaites du beau absolu ? ou bien, avec les chrétiens, nous préci-