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rité, pour émanciper les femmes et les esclaves, et pour civiliser les Barbares. C’est en s’élevant vers la chasteté absolue, la pureté absolue, l’indépendance absolue, l’isolement absolu de l’humanité ; c’est par la renonciation au monde, le célibat, et les couvens, que le type humain s’est d’abord perfectionné. Mais que cette considération ne nous fasse pas oublier que l’Épicuréisme a été le contrepoids à l’excès du Stoïcisme platonicien. C’est lui qui a dit à l’orgueilleux Idéalisme, qui menaçait de détruire la base terrestre de notre existence : Tu n’iras pas plus loin. C’est lui qui a sanctifié cette espèce de dévotion aux lois naturelles, source sainte de tant de découvertes, et d’où est résulté la puissance industrielle, laquelle doit un jour servir en esclave soumis l’idéalité platonicienne. Déjà c’est l’alliance de cette puissance sur la nature, avec les sentimens de sociabilité issus du Platonisme, qui fait qu’aujourd’hui nous voyons des nations de trente millions d’hommes vivant dans une certaine égalité, tandis que les nations antiques ne connurent jamais que le régime des castes.

Inclinons-nous donc devant la Philosophie ; car nous avons tout reçu d’elle.


§ X. — Conclusion.


Concluons.

C’est de l’homme qu’il s’agit et de l’espèce de bonheur qui lui convient ; ce n’est pas de la vie des animaux que nous avons à nous occuper. Or qu’est-ce que l’homme ?

Nous avons vu (§ vi) que l’état permanent de notre être est l’aspiration. Émersion d’un état antérieur et immersion dans un état futur, voilà notre vie, depuis notre naissance jusqu’à notre mort. Ce qui est réellement en nous, ce n’est pas l’être modifié par le plaisir ou la douleur, c’est l’être qui sort de cette modification et qui en appelle une autre. Nous ne sommes, pour ainsi dire, jamais dans le fait de la modification par le plaisir ou la douleur ; nous sommes toujours en-deçà et au-delà. C’est pour cela que le présent, comme on dit, n’existe pas, et que nous semblons ne connaître que le passé et le futur.

Donc tout notre bonheur consiste essentiellement et uniquement dans l’état avec lequel nous aspirons.

C’est ce que j’appellerais volontiers le ton de notre vie.