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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/468

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« J’ai été trompé, pardonnez-moi ; je suis allé vers mon Père, et ne l’ai pas trouvé. Il n’y a pas de Ciel comme je le croyais, et le Paradis que je vous ai prêché n’existe pas. » Quinet a mieux aimé mettre dans la bouche des hommes eux-mêmes la plainte et la révolte. Cette plainte, je le répète, est magnifique autant que douloureuse. Mais ce que nous aimerions encore mieux entendre, ce serait un chant de justification pour répondre à cette plainte. Qu’il serait beau de voir le poète, apparaissant vivant au milieu de ces morts, leur expliquer leur mythe qu’ils n’ont point compris, et s’écrier, comme Démosthènes aux Grecs de Chéronée : Non, vous n’avez pas failli ; votre foi n’a pas été trompée, votre espérance de bonheur n’a pas été et ne sera pas vaine !… Mais, hélas ! quand le poète théologique de notre époque viendra-t-il ? Nous en sommes encore à la plainte.

Faut-il donc, comme Voltaire, dire que, philosophes ou chrétiens, disciples d’Épicure ou de Zénon, de Platon ou de saint Paul, tous ceux qui ont cherché le souverain bien ont cherché vainement la pierre philosophale ?

En cherchant la pierre philosophale, on a découvert la chimie ; en cherchant le souverain bien, l’humanité s’est perfectionnée.

Tout homme qui a cherché le souverain bien, soit avec Platon, soit avec Épicure (j’entends le véritable Épicure), soit avec Zénon, soit avec le Christianisme, a été, à des degrés divers, dans la voie du perfectionnement de la nature humaine. Tout homme qui n’a pas cherché le souverain bien, en suivant l’une ou l’autre de ces directions, a été dans la voie de la dégradation de la nature humaine.

Les chrétiens disaient : « Hors de l’Église point de salut. » Il est certain que hors de la voie du perfectionnement philosophique et religieux, l’homme abandonne sa nature d’homme et sa destinée, pour se livrer au hasard et rétrograder vers la condition des animaux.

Aussi voyez ; la société tout entière et toutes les vertus sont sorties de cette recherche du souverain bien ; toutes les règles de la morale en dérivent, et ne dérivent que de là, tellement que, ce point négligé, je défie de me citer soit une vertu, soit une règle de morale, qui subsiste.

Des quatre solutions que nous venons d’indiquer, l’Épicuréisme, le Stoïcisme, le Platonisme, et le Christianisme, la moins féconde en