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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/467

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mes cent monastères cachés dans les Ardennes ; rendez-moi mes cloches dorées, baptisées de mon nom, mes châsses et mes chapelles, mes bannières filées par le rouet de Berthe, mes ciboires de vermeil, et mes peuples agenouillés de Roncevaux jusqu’à la forêt Noire…


CHŒUR DES FEMMES.


« Rendez-nous, à nous, nos soupirs et nos larmes.


CHŒUR DES ENFANS.


« Rendez-nous, à nous, nos couronnes de fleurs ; rendez-nous nos corbeilles de roses que nous avons jetées à la Fête-Dieu sur le chemin des prêtres !…


LE PAPE GRÉGOIRE.


« Et moi, qu’ai-je à faire à présent de ma double croix et de ma triple couronne ? Les morts s’assemblent autour de moi pour que je donne à chacun la portion de néant qui lui revient. Malheur ! le paradis, l’enfer, le purgatoire, n’étaient que dans mon ame ; la poignée et la lame de l’épée des archanges ne flamboyaient que dans mon sein ; il n’y avait de cieux infinis que ceux que mon génie pliait et dépliait lui-même pour s’abriter dans son désert. Mais peut-être l’heure va-t-elle sonner où la porte du Christ roulera sur ses gonds. Non, non ! Grégoire de Soana, tu as assez attendu ! Tes pieds se sont séchés à frapper les dalles ; tes yeux se sont fondus dans leurs orbites à regarder dans la poussière de ton caveau ; ta langue s’est usée dans ta bouche à appeler : Christ ! Christ ! et tes mains sont restées vides ; oui, elles sont encore vides, toujours vides comme tout à l’heure ! Regardez, regardez, mes bons seigneurs ; c’est la vérité : voyez que tous les morts me cachent leur blessure, que tous les martyrs mettent leur plaie dans l’ombre. Je n’en peux guérir aucune. J’apporte en retour une toile filée par l’araignée à ceux qui ont donné leur couronne au Christ ; j’apporte, dans le creux de ma main, une pincée de cendre à ceux qui attendaient un royaume d’étoiles dans l’océan du firmament. »

Jean-Paul, le poète allemand, avait déjà eu la même idée. Dans une sorte de rêve sublime, il vit Jésus descendre la nuit sur la terre, et éveiller les morts dans leurs tombeaux pour leur dire :