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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/466

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mement leur espoir de bonheur. Puisque je viens de faire parler, en me servant de leurs propres formules, les cinq ou six hommes dont la controverse, continuée d’écho en écho à travers dix siècles, a enfanté la religion du moyen-âge, je ne saurais m’empêcher de mettre fidèlement en contraste cette plainte que le poète prête à l’humanité, accusant de déception la théorie de Platon transformée par le christianisme :


CHŒUR DES ROIS MORTS.


« Ô Christ ! ô Christ ! pourquoi nous as-tu trompés ? Ô Christ ! pourquoi nous as-tu menti ? Depuis mille ans, nous nous roulons dans nos caveaux, sous nos dalles ciselées, pour chercher la porte de ton ciel. Nous ne trouvons que la toile que l’araignée tend sur nos têtes. Où sont donc les sons des violes de tes anges ? Nous n’entendons que la scie aiguë du ver qui ronge nos tombeaux. Où est le pain qui devait nous nourrir ? Nous n’avons à boire que nos larmes. Où est la maison de ton père ? où est son dais étoilé ? Est-ce la source tarie que nous creusons de nos ongles ? est-ce la dalle polie que nos frappons de nos têtes, jour et nuit ? Où est la fleur de ta vigne, qui devait guérir la plaie de nos cœurs ? Nous n’avons trouvé que des vipères qui rampent sur nos dalles ; nous n’avons vu que des couleuvres qui vomissent leur venin sur nos lèvres. Ô Christ ! pourquoi nous as-tu trompés ?


CHŒUR DES FEMMES.


« Ô Vierge Marie ! pourquoi nous avez-vous trompées ? En nous réveillant, nous avons cherché à nos côtés nos enfans, nos petits-enfans, et nos bien-aimés, qui devaient nous sourire au matin dans des niches d’azur. Nous n’avons trouvé que des ronces, des mauves passées, et des orties qui enfonçaient leurs racines sur nos têtes.


CHŒUR DES ENFANS.


« Ah ! qu’il fait noir dans mon berceau de pierre ! Ah ! que mon berceau est dur ! Où est ma mère pour me lever ? où est mon père pour me bercer ? où sont les anges pour me donner ma robe, ma belle robe de lumière ? Mon père, ma mère, où êtes-vous ? J’ai peur, j’ai peur dans mon berceau de pierre…


L’EMPEREUR CHARLEMAGNE.


« … Christ ! Christ ! puisque vous m’avez trompé, rendez-moi