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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/465

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voyez-vous pas que vous êtes sous le joug de la Nature, qui vous a créés dans une de ses infinies combinaisons ? Donc toute la sagesse consiste à obéir à la Nature dans ses prescriptions inévitables, et à se mettre à l’abri de ses coups, comme on ferait avec un animal fougueux, si on voulait s’en servir.


SAINT PAUL.


Je me sens libre et esclave à la fois. Je suis charnel, vendu au péché. Je ne fais pas le bien que j’aime, mais le mal que je hais. Misérable que je suis ! qui me délivrera du corps de cette mort ?

Ce sera la grace de Dieu, par Jésus-Christ Notre Seigneur[1].


PÉLAGE.


Au moins restons-nous libres en quelque chose ; et si nous devons tendre uniquement vers Dieu, au moins est-ce en vertu d’une force qui est en nous, en vertu de notre liberté et par notre propre mérite ?


SAINT AUGUSTIN.


Non. Le péché a tout envahi, et ne nous a rien laissé. L’Amour qui nous sauve n’est pas de nous ; nous n’en avons par nous-mêmes aucune trace, aucun vestige ; il nous est donné par Dieu, quand il lui plaît, et comme il lui plaît. Nous ne sommes libres en rien.

Ô mon Dieu ! tu me commandes que je t’aime : donne-moi ce que tu me commandes, et commande-moi ce que tu veux[2].


§ IX. — Du progrès de l’humanité par rapport au bonheur.


Je ne connais rien de plus profond dans la poésie de notre temps que quelques pages d’Édgar Quinet dans son Ahasvérus. C’est à la IIIe journée, intitulée la Mort. La scène se passe dans la cathédrale de Strasbourg ; les morts sortent de leurs tombes pour se plaindre de ne pas voir arriver ce Paradis où ils avaient mis si fer-

    et mali, lib. II). Lucrèce parle d’Épicure absolument comme on a parlé des révélateurs :

    Qui genus humanum ingenio superavit, et omnes
    Præstinxit stellas, exortus uti ætherius sol.

  1. Ép. aux Romains, chap. vii.
  2. Confessions.