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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/445

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§ VII. — Des opinions sur le bonheur.


Doctrine de Platon, Épicuréisme, Stoïcisme, Christianisme.


À un point de vue élevé, les poètes sont ceux qui, d’époque en époque, signalent les maux de l’humanité, de même que les philosophes sont ceux qui s’occupent de sa guérison et de son salut.

Puisque le monde est en partie livré au mal, il est évident que les hommes ont dû se préoccuper de tout temps des moyens d’échapper à ce mal, et que la question du bonheur a dû être le fond de la philosophie.

C’est ce qui a eu lieu, en effet. La question du bonheur a toujours été le fond de la philosophie comme elle est aussi le fond de la religion : car la philosophie et la religion sont identiques.

Nous ne remonterons pas dans cet article aux philosophies et aux religions de l’Orient. Il nous suffira de suivre rapidement la filiation des idées depuis la Grèce jusqu’à nous.

Il est si vrai que cette question du bonheur est le fond même de la philosophie, que c’était sur ce terrain que disputaient entre elles toutes les sectes de la Grèce. « Dès qu’on ne s’accorde pas sur le souverain bien, dit Cicéron, on disconvient sur tout le fond de la philosophie : Qui de summo bono dissentit, de tota philosophiæ ratione disputat[1].

C’est parce que Socrate mit tous les esprits à la recherche de la solution du bonheur qu’il fut déclaré par l’oracle de Delphes le plus sage des hommes. Sa célèbre devise se rapporte au bonheur : Connais-toi, afin de te conduire et d’être heureux. L’initiative glorieuse qu’on lui reconnaît, et qui a fait dire que les écoles philosophiques sortirent de Socrate, n’a pas d’autre origine.

Varron prétend que de la question du bonheur naquirent, en Grèce, deux cent quatre-vingts sectes. Il est probable que c’est là, comme dit Bayle, un jeu d’esprit de Varron. Mais, en tout cas, il est évident que toutes ces sectes, quelque nombreuses qu’on veuille les supposer, durent se rapporter essentiellement à trois : la secte de Platon, la secte de Zénon, la secte d’Épicure.

Le duel principal fut et ne pouvait être qu’entre ces trois philo-

  1. De Fin. boni et mali, c. 5.