Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/42

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


ce qui n’est pas, il n’en demeurerait pas moins vrai que quelque chose est resté de ces efforts, qu’il est resté des monumens, des livres, ce que nous appelons une littérature, dépôt des meilleures facultés de l’homme, de son intelligence, de son activité, des sentimens désintéressés, des croyances généreuses de sa nature. Cela est resté, cela reste toujours et survit à tout. Ce sont ces livres, ces littératures, ces monumens de la meilleure portion de nous-mêmes, qui aujourd’hui nous occupent, nous rassemblent autour de cette chaire ; c’est là ce que nous allons étudier ensemble, et cette dernière pensée nous rassure ; elle nous montre qu’en nous attachant à ce qui a inspiré, à ce qui remplit ces monumens, c’est-à-dire en nous attachant à ce qu’il y a de meilleur dans l’homme, à l’activité de sa pensée, à l’élévation de ses sentimens désintéressés, à l’emploi des facultés supérieures de sa nature ; en un mot, en nous attachant à ce qui, dans tous les siècles, a été la source des produits littéraires et en est l’âme, nous n’aurons pas perdu notre temps, et nous nous serons assuré la part la meilleure, la plus certaine et la plus durable dans l’héritage de l’humanité.


J. J. AMPÈRE.