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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/40

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tout-à-fait modernes ; et partout où le badigeon uniforme de notre civilisation récente n’a pas passé, ces élémens hétérogènes se manifestent par de singuliers contrastes. Il y a dans le monde une ville où l’on est frappé plus que partout ailleurs du curieux résultat de cette transformation, dont on rencontre dans beaucoup de lieux la présence, mais qui n’est peut-être nulle part aussi visible qu’à Rome.

J’ai revu Rome, et je l’ai revue avec cette pensée que j’avais à faire devant vous l’histoire de l’ancien monde passant au nouveau. Sous l’empire de cette préoccupation, il m’a semblé que je trouvais écrit partout autour de moi ce que j’aurais à vous dire ; il m’a semblé, en me promenant dans les rues de Rome, que chacun des détails que je rencontrais exprimait à sa manière le grand fait que je devais vous exposer ici. En effet, à Rome le sol est moderne : c’est une alluvion récente ; mais si l’on creuse ce sol nouveau, si l’on enlève quelques pelletées de terre, si l’on donne quelques coups de pioche, ou arrive au sol antique, à la voie romaine, à la voie sacrée.

Eh bien ! C’est un symbole de la situation des peuples nés de l’empire romain au moyen-âge. Chez nous aussi, quand on déblaie ce sol moderne qui couvre le sol antique, on arrive à la voie romaine, au sol romain ; et ce n’est pas seulement le sol qui à Rome est un symbole de cette idée : mille accidens qui frappent le voyageur me la rappelaient à chaque pas. Les églises chrétiennes bâties des débris des temples païens ; à Sainte-Marie-Majeure, les colonnes du temple de Junon ; à Saint-Pierre, les colonnes fabriquées avec le bronze enlevé aux portes du Panthéon. Et non seulement les églises, mais les murs, mais le pavé, mais les bornes au coin des rues, partout les débris antiques formant la ville moderne. J’espère que le spectacle de Rome, ainsi envisagée, n’aura pas été perdu pour moi, et qu’il m’aidera à faire mieux sentir ce grand fait, ce fait fondamental, la transformation, la transfusion du monde antique dans le monde moderne.

Quant à l’esprit général de ce cours, il sera ce qu’il a été jusqu’ici ; sa devise sera toujours : indépendance et impartialité. L’indépendance est un droit, non-seulement de cette chaire, mais de l’esprit humain, droit qu’aucune considération et aucune circonstance ne peuvent faire abjurer. Sur le terrain de la science,