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être à une époque ultérieure, impossible à prévoir ; qu’on veuille donc bien se rappeler qu’il y eut un moment de démoralisation et de crainte, lorsque deux des divisions revinrent dans leurs quartiers, l’une rappelée par une révolution, l’autre par des motifs qui nous sont restés étrangers.

Si, en effet, les Indiens sont refoulés dans leurs déserts, on doit une grande reconnaissance aux généraux dévoués qui se chargèrent de ces expéditions difficiles et dangereuses, et nous serons les premiers à les en féliciter ; mais encore une fois, ce but n’était pas encore atteint en septembre 1833 ; et les choses rapportées dans l’article ne vont pas au-delà. Dans ce cas d’ailleurs, la plus grande gloire reviendrait à la seule armée de Buénos-Ayres, et non à l’expédition ; et c’est de celle-ci seulement qu’il était question.


— Sous le titre de Trésor de la Poésie Française[1], MM. Danton et Cantan ont récemment publié un choix de morceaux classiques avec notes et commentaires. Si les Arts poétiques et les Rhétoriques peuvent souvent servir à constater l’état des partis et des opinions en littérature, ce petit livre n’est pas sans intérêt, comme exprimant et renouvelant la doctrine classique des écrivains de la Décade, en poésie, dans son extrême rectitude. Les jugemens de Ginguené, de Garat, de Fontanes, y sont cités et discutés, comme d’hier ; les moindres nuances sont précieusement gardées. On y retrouve des morceaux peu connus de poètes qui brillèrent au commencement de ce siècle, particulièrement des fables, des fragmens de discours en vers ou de description, par Victorin Fabre. Cela fait regretter que ces pièces, en partie inédites ou dispersées, pièces remarquables par l’étude, souvent par l’éclat, et surtout par l’élévation, n’aient pas été recueillies dans leur ensemble. Nous avons appris du moins avec plaisir, depuis qu’il a été parlé, dans la Revue, de ce regrettable écrivain, que le grand ouvrage politique auquel furent consacrées ses dernières années, n’est pas aussi inachevé que nous l’avions craint, et que des circonstances plus favorables en pourront amener une publication que nous voudrions annoncer comme prochaine.

— La quatrième édition de l’ouvrage de M. de Tocqueville, de la Démocratie en Amérique, vient de paraître[2]. Le succès de ce beau livre va toujours croissant, et on nous assure qu’il a produit chez nos voisins d’outre-mer, une vive sensation. Voici le jugement qu’en porte, dans son dernier numéro, la Revue de Londres, recueil nouvellement fondé par quelques-uns des hommes les plus notables du parlement.

  1. Mathiot, rue de l’Hirondelle.
  2. Librairie de Gosselin, rue Saint-Germain-des-Prés, 9.