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la banque et ministre des finances. Si la banque, comme il est arrivé fréquemment, se trouvait en contestation avec le ministère des finances, qui serait juge de la question ? Le métier de Maître-Jacques a ses inconvéniens.

M. Dosne, beau-père de M. Thiers, a été enfin élu régent de la banque, comme nous l’avions annoncé.



C’était une soirée charmante, samedi dernier, à l’Opéra-Comique. À voir le public élégant et choisi, on se serait cru aux Bouffons, et vraiment l’illusion aurait pu se prolonger, non sans quelque raison et ne pas être seulement pour les yeux, car on allait entendre Mme Damoreau, une vraie Italienne pour la coquetterie et l’art merveilleux de chanter ; Mme Damoreau, qui débutait dans un rôle de son goût, dans un rôle selon la voix et la mesure de son talent ; c’est dire assez que la partition nouvelle était de M. Auber.

J’ignore si Actéon servira beaucoup à la gloire de M. Auber ; mais ce que l’on peut dire, c’est que toute cette musique est vive, pétulante, spirituelle ; qu’elle bondit, sautille, danse et court d’un pied si léger, qu’elle finit par disparaître sans laisser la moindre trace de son passage. N’importe, elle atteint son but, car elle amuse et réjouit fort les gens distraits qui l’écoutent. M. Auber affectionne surtout les petits airs, les petites chansons, et toutes ces choses délicates et gracieuses de la musique aussi dans ses œuvres les plus charmantes, dans Actéon par exemple, il n’y a ni ouverture, ni introduction, ni duos, ni quatuors, mais de petits motifs légers et pétulans que l’on chante à deux ou trois ou quatre voix, selon qu’il convient mieux. Vous trouvez à chaque instant des phrases presque imperceptibles qui s’inquiètent fort peu du sentiment et de la situation, et seraient fort embarrassées de vous dire pourquoi elles tiennent Cette place plutôt que telle autre, tant elles sont insouciantes et semées au hasard. M. Auber est un homme d’une facilité prodigieuse ; reste à savoir s’il faut l’en complimenter, ou lui en faire un tort. Là s’élève une grave question que l’avenir décidera, ou plutôt qui pourra bien demeurer éternellement incertaine, car je doute fort que l’avenir s’en occupe. L’imagination de l’auteur du Philtre et de la Bayadère est une source intarissable de motifs ingénieux et jolis. Sitôt que M. Auber s’assied à son clavier, la musique se répand et déborde. Certes, on ne peut guère lui faire un crime de son inspiration. La seule chose qui soit à lui reprocher, c’est de prendre tout sans trier, et de jeter l’or et la paille dans le creuset de sa partition. Aussi, quand on vient me dire que