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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/330

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l’autre, avec un ordre merveilleux et une logique inflexible.. Pas un anneau de la chaîne n’aété brisé ; il n’y a pas eu rupture, il y a eu continuité. C’est ainsi que M. Zéa., ancien collègue de Calomarde, se poursuit par M. Burgos dans le ministère Martinet, et que M. Mendizabal en sort en ligne droite par M. de Toreno, dont il fut le collègue aussi avant d’être l’héritier.

La science politique a aussi sa loi de génération continue ; cette loi s’appelle le progrès. Un principe est un germe ; une fois semé, il éclot infailliblement et se développe au souffle de la Providence ; c’est là l’histoire.

On peut dresser l’arbre généalogique des révolutions comme celui des maisons princières ; la famille démocratique n’est pas une famille d’enfans perdus, elle a un passé, des traditions, des ancêtres. Il n’y a plus qu’un bon gentilhomme en Europe, c’est elle. Dépossédée de son patrimoine, elle le réclame ; on lui conteste ses titres ; elle les discute, elle les justifie ; elle oppose aux arguties de l’usurpation l’éloquence du droit ; on fait de la violence, elle fait de la raison ; ils ont l’épée, elle a l’idée.

Non, l’issue d’une cause si juste et si bien plaidée ne saurait être douteuse, pas plus au-delà qu’en-deçà des Pyrénées. Les débats ne peuvent durer bien long-temps encore ; le triomphe de la vérité n’est pas loin. Le trône usurpé tombe pièce à pièce ; le plomb vil va se rechanger en or pur ; la Jérusalem nouvelle du poète va sortir, brillante de clartés, du fond des déserts. On peut dès aujourd’hui entonner le cantique de délivrance et s’écrier avec le grand-prêtre, non plus à l’ombre des tabernacles, mais à la face du monde :

Lève, Jérusalem, lève ta tête, altière !
Regarde tous ces rois de ta gloire étonnés ;
Les rois des nations, devant toi prosternés,
De tes pieds baisent la poussière :
Les peuples à l’envi marchent à ta lumière.
Heureux qui, pour Sion, d’une sainte ferveur
Sentira son ame embrasée !
Cieux, répandez votre rosée,
Et que le terre enfante son sauveur !


CHARLES DIDIER.