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les mains restaient froides, les ongles se courbaient, la peau se ridait et les malades expiraient sans aucun relâchement dans leur souffrance. On reconnaît, dans ce tableau, beaucoup d’analogies avec la suette anglaise, qui a régné dans les XVe et XVIe siècles, et dont je parlerai plus loin.

Je n’ai pas la prétention de faire un tableau complet de tout ce que l’antiquité nous a laissé sur plusieurs autres maladies qui ont eu jadis un tout autre développement que de nos jours ; j’ai voulu seulement prendre deux exemples saillans d’affections considérables, mais éteintes ; et en rappelant la peste d’Athènes et la maladie cardiaque, qui sont sans analogues parmi nous, j’ai voulu inculquer cette vérité que les maladies changent avec les siècles, qu’une loi inconnue préside à la succession de pareils phénomènes dans la vie de l’humanité, et qu’ils sont dignes de toute l’attention, aussi bien du médecin que du philosophe et de l’historien. Mais on se tromperait, si l’on pensait que cette extinction d’un fléau épidémique est, si je puis m’exprimer ainsi, un don gratuit de la nature. Les races humaines, en laissant derrière elles une forme de maladies, ne tardent pas à en rencontrer une nouvelle sur leur chemin.

Au moment où ce typhus qui avait désolé l’antiquité quittait les hommes par une cause ignorée, un nouveau fléau vint le remplacer : la peste d’Orient, celle qui règne encore de nos jours en Égypte, et qui est caractérisée par l’éruption de bubons, a été ignorée des anciens peuples. Les historiens ni les médecins n’en font aucune mention, et c’est sous le règne de Justinien que ce nouveau mal se développa pour la première fois. Rien ne fut plus épouvantable que les ravages qu’il causa dans le monde.

Comme toujours, il vint d’Orient et se répandit vers l’Occident avec une extrême rapidité ; partout il dépeupla les villes et les campagnes, et certains historiens ont estimé à cent millions le nombre des hommes qu’il enleva. Cette maladie était signalée par des bubons pestilentiels, tels que ceux qu’on observe en Orient ; et depuis le temps de Justinien, la peste n’a cessé de se montrer d’intervalles en intervalles dans différens pays. Durant une certaine époque, elle fut aussi commune en Europe, qu’elle l’est aujourd’hui en Égypte. Paris ou Londres en étaient alors aussi souvent ravagés que l’est aujourd’hui Constantinople ou le Caire ; mais depuis assez long-temps elle a cessé de se montrer parmi nous. La peste de Marseille est le dernier exemple pour la France. Moscou et une grande partie de la Russie en ont horriblement souffert vers le milieu du siècle dernier, et aujourd’hui l’Autriche défend contre elle les villages croates qui sont limitrophes de l’empire ottoman.

De grands renseignemens sur cette affreuse épidémie sont donnés par