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au siège de Séleucie qu’elle commença à infecter l’armée romaine ; partout où se porta le cortége de Lucius Verus, frère de l’empereur Marc-Aurèle, elle se déclara avec une nouvelle violence, et quand les deux frères entrèrent en triomphateurs dans la ville de Rome, le mal s’y développa avec une telle intensité, qu’il fallut renoncer aux enterremens habituels, et emporter les corps par charretées. En peu de temps la fièvre épidémique était arrivée des bords du Tigre jusqu’aux Alpes, et de là, franchissant ces montagnes, elle pénétra dans les Gaules et même au-delà du Rhin. Ce n’est pas ici le lieu d’entrer dans une explication purement médicale des symptômes que présentait la peste d’Athènes, reproduite si souvent dans les siècles qui suivirent ; je me contenterai de faire observer que cette fièvre était une fièvre éruptive, c’est-à-dire qu’elle se manifestait au dehors, comme la variole ou la rougeole, par une éruption caractéristique.

On trouve, dans les anciens auteurs, la description d’une maladie particulière, qu’ils désignent sous le nom de maladie cardiaque (morbus cardiacus) . On la nommait aussi diaphorèse, à cause de l’excessive sueur qui l’accompagnait. Les écrits d’Hippocrate n’en présentent aucune trace. Après Galien, le souvenir s’en efface de plus en plus, de sorte que cette maladie a dû naître sous les successeurs d’Alexandre, et cesser vers le second siècle de l’ère chrétienne.

Elle commençait par un sentiment de froid et de stupeur dans les membres et parfois dans tout le corps ; le pouls, prenant aussitôt le plus mauvais caractère, devenait petit, faible, vide, fréquent, plus tard, inégal et tremblottant, et il disparaissait même entièrement ; en même, temps, les sens des malades se troublaient, une insomnie invincible les dominait, ils désespéraient de leur guérison, et, dans la plupart des cas, le corps tout entier ruisselait soudainement d’une sueur qui coulait par torrens dans le lit, de sorte que les malades semblaient se fondre ; la respiration était courte et pressée jusqu’à la syncope ; à chaque instant, ils craignaient d’étouffer ; dans leur anxiété, ils se jetaient çà et là, et d’une voix très faible et tremblante, ils prononçaient quelques mots entrecoupés ; ils éprouvaient continuellement, du côté gauche ou même dans toute la poitrine, une intolérable oppression ; et, dans les accès qui commençaient par une syncope ou qui en étaient suivis, le cœur palpitait violemment, le visage prenait la pâleur de la mort, les yeux s’enfonçaient dans les orbites, et, si la terminaison devait être fatale, la vue des malades s’obscurcissait de plus en plus, les mains et les pieds se coloraient en bleu, le cœur, malgré le refroidissement de tout le corps, continuait à palpiter violemment ; la plupart conservaient leur raison jusqu’au bout, peu seulement en perdaient l’usage avant la mort. Enfin,