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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/129

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toujours au philosophe Cousin. Sa foi est, au reste, une foi candide, qu’il peut être permis de conserver encore en province. Il ne paraît guère, en vérité, se douter des nécessités du système de ses héros, ni des arrière-pensées de leur profonde politique. Ainsi, il voudrait supprimer de l’instruction primaire, telle qu’ils nous l’ont arrangée ; l’enseignement religieux. Les jeunes gens doivent, selon lui, s’élever librement à la foi par le développement de leur raison. Mais le catéchisme n’est là que pour occuper la place où germeraient sans lui une morale et des croyances plus élevées et plus philosophiques, dont nos gouvernans ont horreur et qu’il leur faut étouffer à tout prix. D’ailleurs, voient-ils autre chose dans la religion qu’un supplément à la police et aux gendarmes ? Que l’éducation publique, ayant pour objet principal de former des citoyens, doive être dirigée souverainement par une autorité nationale, c’est très bien ; mais il faut alors que cette autorité ait à enseigner une foi religieuse et sociale, qu’on ne saurait demander qu’au catéchisme ou bien aux sentimens et aux principes de la révolution. Notre publiciste n’a pas l’air de le soupçonner. C’est par le droit public qu’il prétend remplacer le catéchisme, et, convaincu qu’il n’y a rien au-delà de l’ordre de choses actuel, il ne craint pas de voir l’étude de ces matières élever les esprits à des principes d’une portée supérieure. « Que craignez-vous ? dit-il aux doctrinaires ; la raison et la logique sont pour vous !… » Cependant, si ces messieurs en doutent aujourd’hui, il faut, certes, que leur pédantesque fatuité ait eu de bonnes raisons pour en venir là.

Il y aurait beaucoup à discuter sur ce que dit M. Collard relativement aux bourses et à la rétribution universitaire. Il y a aussi une question qui domine toutes les autres et qu’il n’a pas abordée, celle de l’organisation de l’autorité enseignante. Tant que celle-ci ne sera pas constituée en dehors de la sphère spécialement politique, et de manière à représenter l’opinion publique compétente, les règles écrites dans les lois seront insuffisantes et stériles.


LES NEUSTRIENNES, CHRONIQUES ET BALLADES, par Alph. Le Flaguais, membre des académies de Caen, Rouen, etc.


Qu’est-ce que les Neustriennes ? D’abord, de vieilles traditions qui ont encore cours parmi les nourrices de la Normandie, à la grande joie des petits enfans, et que pour notre part nous avons entendu bien des fois raconter dans les longues soirées d’hiver. Toutefois, nous l’avouerons, le récit de notre vieille bonne était mille fois plus poétique que les vers de M. Le Flaguais. Il est vrai que la vieille fille croyait à ses légendes, tandis