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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/118

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je ne me sens guère le courage de commencer une discussion nouvelle sur le mérite de la Grande-Duchesse. La partition de M. Caraffa est du nombre de celles qui se dérobent à toute analyse sérieuse. La chute de la Grande-Duchesse a fait le succès de l’Éclair. Ne croyez pas au moins que la musique de M. Halevy soit de beaucoup préférable. Vraiment, de pareilles compositions on ne sait que penser. C’est quelque chose de moins mélodieux qu'Adolphe et Clara, de plus laborieusement ouvragé. Le public y prend goût ; voilà tout ce qu’on en peut dire. A l’heure qu’il est, l’Opéra-Comique ne donnerait pas l’Éclair de M. Halevy pour le Mariage secret de Cimarosa. Il est vrai que si dans un mois il prend fantaisie à Lablache de s’affubler de la perruque du bonhomme Geronimo, la musique du maître italien renaîtra plus jeune et plus admirable que jamais, et dans un mois que sera devenu l’Éclair ? N’importe, l’Opéra-Comique a des succès en réserve, et bientôt, avant que la lumière de l’Éclair se soit éteinte, l’astre de Mme Damoreau, cet astre si doux et si charmant, se lèvera sur son théâtre entre ses deux satellites, MM. Auber et Scribe.

De tant de notes écloses pendant les douze mois qui viennent de s’écouler, que reste-t-il de généreux ? Quelles augustes harmonies l’année qui s’enfuit emporte-t-elle sous son manteau à ses sœurs qui l’ont précédée dans le gouffre éternel ? O Mozart, Beethoven, Weber, Cimarosa, vous tous qui, dans ces jours accourez sur le seuil de l’éternité, tendant les mains à la terre, soyez heureux, car les vents de l’année accomplie vous portent encore vos pensées ; tout le reste s’est dissipé comme la poussière avant d’arriver jusqu’à vous. Respirez, ombres saintes, les parfums des grands lys que vous avez semés autrefois dans le jardin de la terre, et qui seuls aujourd’hui, lorsque tout se flétrit à leur pied, demeurent debout et glorieux.


H. W.