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Page:Revue des Deux Mondes - 1836 - tome 5.djvu/103

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d’une ame grande dans sa déchéance, supportant noblement son humiliation secrète, et rendant par sa patience à boire son calice de satiété et de dégoût, hommage à la justice éternelle. Il attend dans une amertume silencieuse l’heure où Dieu voudra le frapper. Au moment où il croit que la vie ne peut plus lui apporter d’émotions, il fait rencontre d’un jeune garçon qui va se jouant dans les chemins, sous les ombrages inondés de la rosée matinale. L’enfant accompagne une jeune servante qui porte à un ermite du voisinage des dons pieux envoyés par dona Benita, sa mère. Dona Benita, que la vallée ne connaît que par ses bienfaits, ne vit que pour ce fils. A cette vue, Faust éprouve un trouble et un entraînement inconnus. Il suit involontairement l’enfant à l’ermitage. Cependant dona Benita, inquiète pour son fils qui s’est échappé pour aller malgré elle dans les chemins dangereux de la montagne, accourt en appelant. L’ermite sort en entendant cette voix connue, se jette sur l’enfant et se précipite avec lui dans un abîme, en invoquant l’enfer. Dona Benita n’était autre que Bianca ; l’enfant, le fils de Faust et l’ermite le comte Robert.

Bianca est morte de douleur. Faust, subissant comme une punition méritée ces douleurs inconnues, désormais seul en ces lieux où l’isolement lui paraissait naguère la seule chose désirable, a bientôt pris une dernière résolution. C’est en vain que Méphistophélès veut le tenter par l’appât d’une vie nouvelle, lui promettre l’engourdissement d’autres plaisirs ; Faust rejette avec mépris ces offres et bannit loin de lui esprit des ténèbres. La lutte est neuve et belle. L’être mortel domine encore de toute la hauteur d’une intelligence divine le démon puissant. Vendu à l’enfer, il ne veut violer aucune des conditions du contrat, faisant dédaigneusement remise à l’esprit du mal du reste des biens promis en échange de son ame. De retour dans sa patrie, après le dernier soupir de son père, il n’y recueille que les malédictions furieuses de ses concitoyens. Revenu pour tomber à la place témoin de son crime, il semble avoir voulu compléter par l’humiliation publique le châtiment qu’il endure depuis long-temps en silence. Son fidèle famulus Wagner veut le cacher dans sa maison pour le soustraire aux persécutions violentes gui se préparent contre lui. Faust refuse d’exposer ce malheureux aux dangereuses conséquences de son dévouement, et s’empoisonne sur les ruines de son laboratoire. Méphistophélès s’élance pour s’emparer de son ame ; l’ombre du jeune fils de Faust descend au même instant, rayonnante d’innocence et de félicité céleste, apportant une palme de pardon, Les sons d’un orgue pieux se font entendre, et l’ombre du démon s’abîme sous terre.

Ce n’est pas là un dénouement satisfaisant, défaut qui est d’ailleurs commun à d’autres ouvrages estimés. Aussi ne blâmerons-nous guère