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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/97

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« … Les nourrices ne doivent point ficher trop profondément des épingles dans les langes des enfans, de peur que ces épingles ne pénètrent dans la chair »

Ces savantes recherches sont appuyées d’appels aux lois de l’esthétique, et à l’intuition artistique (Kunstbegriff).

Voilà où en sont certains nobliaux d’Allemagne en 1834.


Die Belagerung des Kastells von Gozzo, etc. (le Siège du Château de Gozzo), par l’auteur de Scipio Cicala. 2 vol., Leipzig.

Il y a environ deux ans que les correspondans berlinois de quelques journaux allemands et de la Gazette d’Augshourg en particulier signalèrent l’apparition de Scipio Cicala comme un événement d’une grande importance. À les entendre, toutes les préoccupations politiques s’étaient tues devant ce livre : ce n’était pas moins qu’un météore qui faisait rentrer dans l’ombre la question turco-égyptienne et l’alliance anglo-française. On eût pu même croire, d’après certaines réticences mystérieuses, que cette création était le fait d’un amateur de haute volée. Nous n’avons pas eu l’occasion de lire Scipio Cicala, mais nous avons aujourd’hui celle de juger la manière de l’auteur. Le Siège du château de Gozzo, ou le dernier des Assassins (le titre n’est pas moins long), nous paraît en effet un roman d’amateur, ce qui, en certains cas, ne ferait rien à l’affaire.

Camillo, beau jeune homme, fier et courageux, époux envié d’une femme ravissante, père de deux jolis enfans, est forcé, par l’approche des Turcs, de se réfugier avec sa famille dans le château de Gozzo, petit îlot dépendant de Malte. Le commandant du château, don Galaziano, chevalier de Malte plus cupide que brave, a fait de l’argent depuis long-temps avec les moyens que l’ordre mettait à sa disposition pour la défense de la place ; il se trouve donc, au moment du danger, sans garnison et sans provisions. Il est vrai qu’il ne s’en inquiète guère, qu’il espère vendre aux Turcs la population réfugiée derrière les murs de la place, et se retirer en sûreté avec ses trésors. Camillo, qui veut se défendre, prend bientôt, par sa force morale, un tel empire dans la forteresse, qu’il devient commandant de fait. Il n’a pu réunir qu’une douzaine de braves, mais cela lui suffit pour tenir en respect cette foule de lâches. Galaziano négocie secrètement avec les Turcs, et profite du moment où la faim se fait sentir pour exciter une émeute contre Camillo, qui veut, dit-il, sacrifier toute la population de l’île à sa propre femme que demande le pacha assiégeant. A cette seule condition, dit Galaziano, nous sommes tous libres. Camillo en impose quelque temps à la multitude, mais voyant qu’il ne peut plus