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briga des Goths, burg des Allemands. Nous l’accordons. Alors il trouve des vestiges d’une invasion de l’Espagne par les Thraces, dans les noms de villes Segobriga, Nertobriga, etc. Mais cette terminaison briga étant gothique, il nous semble que les Goths ont suffi pour donner de tels noms aux villes espagnoles. Les Allemands sont appelés par les Italiens Tedeschi ; donc il y a quelque raison de croire que les Tusci étaient une colonie allemande, et peut-être même les Osques, quoique Niebuhr assure positivement que les langues de ces deux peuples n’avaient aucune affinité. Je suis étonné que M. Meidinger n’ait pas fait aussi des Ombriens une peuplade de Cimbriens ou Gimbres. Il ne veut pas trouver dans le mot visigoth la traduction si naturelle du westgoth : visi doit nécessairement venir de vasa (en hollandais seigneur), ou du nom des Ases. Allemani a paru de temps immémorial le composé des deux mots all et mann dont la très grande ancienneté est peut-être le mieux établie. M. Meidinger n’accorde pas que les Allemands dussent leur origine à la fusion d’un grand nombre de races émigrantes : ils doivent avoir été les mêmes que les Helvètes ou Hilbeten, Hilwonner (Hill-Bevohner, habitans des montagnes). Voyez en effet comme ce dernier nom ressemble à Allemani ! Selon lui, le nom de Frank doit venir de frech, audacieux, prononcé avec L’u nasale à la manière romaine. Cette supposition serait admissible, si l’adjectif frank n’existait pas tout fait dans la langue leu tonique avec la signification d’homme hardi, ouvert, et de cœur droit ; et puis, quelle nécessité y a-t-il que le nom d’un peuple signifie toujours quelque chose ?

Avec une telle méthode, il n’est pas impossible de rencontrer juste quelquefois, car les maniaques d’étymologie ressemblent un peu aux plaisans qui risquent de trouver un bon trait en se permettant toutes les sottises. Ainsi nous admettrons volontiers avec M. Meidinger que les Wendes, peuple agriculteur et essentiellement paisible, auront été chassés devant les Alains et confondus avec eux, d’où leur est venu le nom de Vandales, Vendi-Alani. Nous lui accorderons sans peine aussi que les Sicambres étaient parmi les Franks ceux qui les appuyaient par des expéditions sur le Rhin, See-Kœmpen, combattans des eaux.

L’auteur ne se borne pas à établir des origines sur des ressemblances plus ou moins éloignées de noms ; il prétend que les Goths n’ont point fait par terre leur grande irruption en Scandinavie, par la raison qu’Hérodote et quelques autres auteurs anciens ont écrit, sur la foi de ouï-dires, que les pays qui séparaient la Sarmatie de la Scandinavie étaient, ou impraticables à cause des bois et des marais, ou défendus par des peuplades aguerries. Il ne peut admettre qu’un peuple que la nécessité forçait à émigrer au nombre de plusieurs centaines de mille, ait méprisé des ob-