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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/733

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chute du rideau, toutes les voix de la salle ont demandé Donizetti, et quand il a paru, ont éclaté des applaudissemens auxquels toutes les loges prenaient part, car cette fois ils étaient mérités.

Il se passe aujourd’hui une chose étrange à laquelle nous étions loin de nous attendre. Le Conservatoire ouvre ses portes à M. Halévy. Ainsi le dernier sanctuaire de l’art est envahi. Voilà que le trio de la Juive entre tête haute sous la voûte sonore, tandis que depuis quatre ans le trio de Guillaume Tell et celui de Robert-le-Diable attendent sans être admis. Serait-ce que M. Halévy est déjà un plus grand maître que Rossini ou Meyerbeer ; si vous le voulez, qu’il en soit ainsi, rien ne nous étonne plus. Cependant le répertoire de la Société des concerts est assez vaste et fécond pour qu’elle puisse s’abstenir de l’augmenter de la sorte. Qu’a donc à faire le trio de la Juive dans une salle où l’on va pour entendre de la musique et non pour voir des costumes ou des danses ? En vérité, s’il y avait une lacune dans le programme, il fallait la combler avec un andante de symphonie, une sonate de Sébastien Bach, un chant de Weber, que sais-je ? Mais le trio de la Juive entre une scène de Beethoven, chantée par Mlle Falcon, et le roi des Aunes de Schubert ! entourer de pareilles épines le bouquet de Mozart et de Beethoven ! Maintenant vous tous, maîtres de l’art ancien, retirez-vous pour faire place. On ne veut plus de toi, Beethoven, reprends ton œuvre, et descends, comme un prêtre aboli, les degrés de ton temple ; imite-le, Mozart, et suis dans l’exil celui que tu as précédé dans la gloire. Et toi, Schubert, pâle jeune homme, rassemble sur les pupitres les cahiers que Nourrit vient de déposer, et va en Allemagne continuer tes belles rêveries ! Anges de Dieu, fuyez comme les femmes et les enfans d’une ville prise au bruit des trompettes rivales ! Voici les chevaux, fuyez !




— Maintenant que l’étude de la langue anglaise est presque universelle, les nouvelles productions littéraires de l’Angleterre ont pour nous un intérêt puissant. Le libraire Baudry, rue du Coq, près le Louvre, poursuit avec succès la réimpression des meilleurs ouvrages anglais, et quoique le prix en soit souvent beaucoup moindre, l’exécution typographique n’est pas au-dessous de ce que produit l’Angleterre.

Nous avons annoncé, à mesure qu’ils ont paru, les ouvrages de Washington Irving, qui ont obtenu un succès si mérité ; un nouvel ouvrage du même auteur vient à peine de paraître à Londres, que déjà il est