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éloge par les applaudissemens d’une assemblée prévenue d’avance contre lui.

M. Nothomb n’a pas trente ans, et l’on peut affirmer, sans craindre de se voir démenti par les événemens, qu’il deviendra l’homme politique le plus remarquable de son pays. Dans les affaires délicates qu’il a été appelé à traiter, il a fait preuve à la fois des qualités les plus incompatibles. A, la vigueur et à l’activité d’un jeune homme, il a uni la prudence et la sagacité d’un vieillard ; son éloquence n’est pas une avocasserie de convention portée sur les roulettes des vieilles métaphores de tribune ; son style et ses idées sont de bon aloi, logiques et littéraires, deux conditions de vie hors desquelles il n’y a pas d’orateur. L’Essai historique et politique sur la révolution Belge, publié par M. Nothomb, en 1835, est parvenu, en moins d’un an, à sa troisième édition ; il a pris sa place de lui-même dans toutes les bibliothèques, et il restera comme le document de l’histoire contemporaine le plus profondément pensé et le plus élégamment écrit que les matières arides de la diplomatie aient jamais su produire. Encore quelques années, et M. Nothomb prendra certainement la direction du cabinet belge, du moins pour les affaires étrangères. Les intrigues de l’aristocratie catholique s’opposeront bien quelque peu à l’élévation d’un plébéien qui étudiait encore, il y a dix ans, sur les bancs des écoles ; mais les lumières gouvernementales de MM. Ernst et d’Huart ne suffiront pas long-temps à éclairer les ténèbres qui nous envahissent.

Après MM. Lebeau et Nothomb, il faut mentionner MM. Rogier, Van de Veyer et Lehon parmi les défenseurs de la nouvelle monarchie belge. Tous sont également sortis de la presse libérale pour occuper les premiers postes du gouvernement. M. Charles Rogier, collaborateur de MM. Lebeau et Devaux dans le journal le Mathieu Laensberg et dans le Politique, a été successivement gouverneur de la province d’Anvers en 1831, ministre de l’intérieur en 1832, et il a repris sa place de gouverneur lorsqu’il s’est retiré du ministère en août 1834. M. Van de Weyer, l’un des rédacteurs du Courrier des Pays-Bas, eut le portefeuille des affaires étrangères et de la marine, sous la régence de M. Surlet de Chokier. Il accompagna le roi Léopold à Compiègne, où il fut fait officier de la Légion-d’Honneur par le roi des Français, à l’occasion du mariage