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délimitation sans comprendre la portée de l’engagement qu’ils prenaient. Mais au moment où les commissaires belges se réjouissaient de ce triomphe, ils furent appelés chez lord Palmerston, où tout faillit être renversé. On leur apprit que les projets d’arrangement devaient être remis par le prince Léopold, non signés, avec l’assurance donnée par son altesse royale que l’acceptation de ces conditions satisferait pleinement la conférence. Ceci équivalait à une impossibilité pour le prince d’accepter une couronne dont rien ne lui garantissait la tranquille possession. Les commissaires belges firent leurs remontrances, et ils quittèrent l’hôtel de lord Palmerston en déclarant qu’ils n’avaient plus qu’à retourner auprès de leur gouvernement. Comme ils étaient réunis chez le prince pour se plaindre à lui de cette perfidie des négociateurs, on apporta à son altesse royale un billet de lord Palmerston, qui déclarait que les commissaires devaient rester, et que la conférence prendrait le traité des dix-huit articles sous la garantie de ses propres signatures. Ce fut ainsi que dans cette affaire si compliquée M. Nothomb, à peine âgé de vingt- six ans, et qui portait le poids le plus rude de la lâche, sut se tirer avec bonheur des embûches de la vieille diplomatie européenne, et même l’attirer à son insu sur un terrain dangereux pour elle. Malheureusement pour sa science et sa prévision, les événemens postérieurs changèrent complètement les premières conventions que la conférence avait acceptées.

Ce fut M. Nothomb qui apporta de Londres le traité des dix-huit articles, et qui, dans un comité secret, en rendant compte de sa mission, découvrit à l’assemblée le projet de partage que M. de Talleyrand avait proposé. Dans sa défense des dix-huit articles devant le congrès, il excita de violens murmures, parce que, discutant les chances de victoire dans une guerre contre la Hollande, il dit qu’il n’était pas convaincu de la lâcheté des Hollandais. L’événement de Louvain le justifia bientôt aux yeux des plus aveugles patriotes ; il défendit aussi le traité des vingt-quatre articles, et il domina généralement dans toutes les discussions qui s’établirent sur les actes diplomatiques du gouvernement. Quand M. Lebeau quitta le ministère, M. Nothomb n’en garda pas moins sa place, parce que le système de politique extérieure se trouvait maintenant dans son intégrité : l’homme seul était changé.