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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/707

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d’état et sur leur collègue M. Lebeau, qui fut comme l’incarnation de leur doctrine collective, nous parlerons d’abord d’un homme à qui échut une destinée singulière, bien rare dans les annales des familles : celle de se trouver tout à coup investi du pouvoir royal sans que la naissance eût rien fait pour lui, et de rentrer presque aussi soudainement dans la condition d’un simple bourgeois après cinq mois de souveraineté effective.

ERASME LOUIS, baron SURLET DE CHOKIER, ex-régent de Belgique, naquit à Liège le 27 novembre 1769. On a prétendu à tort qu’il devait son anoblissement au roi Guillaume, car le nom de Surlet se rencontre fréquemment dans l’histoire de Liège dès le commencement du XVe siècle. A l’entrée de l’armée française républicaine en Belgique, il fut l’un des administrateurs du département de la Meuse-Inférieure, et il quitta ses fonctions lors de la nomination des préfets. Il se rendit alors à Paris où il fit, avec M. Kaisson de Verviers, quelques affaires de banque. Nous le retrouvons en 1812 membre du corps législatif, où il demeure jusqu’en 1814, époque à laquelle il rentra en Belgique pour faire partie des états-généraux du nouveau royaume des Pays-Bas. C’est là que son opposition aux actes du gouvernement hollandais et la singulière causticité de sa parole commencent à le mettre en relief parmi les hommes qui manient les affaires publiques. En 1818, le ministère empêche sa réélection ; il rentre aux états-généraux en octobre 1828, ayant soutenu lui-même sa candidature par une lettre aux électeurs membres des états provinciaux du Limbourg, laquelle lettre fut insérée dans les journaux, chose alors sans exemple.

Dans les sessions de 1828, 1829 et 1830, il soutint, avec Charles de Brouckère et les autres opposans, les pétitions sur les griefs du pays et sur toutes les garanties demandées alors par la Belgique. Les journaux français ont reproduit avec de grands éloges le discours qu’il prononça le 18 mai 1830, sur la royauté dans les états modernes et sur le message du 11 décembre. Cependant ce qu’il fallait louer, c’était plutôt son courage que son éloquence.

Les dissertations de M. de Chokier ne répondent pas le moins du monde aux qualités qui constituent le véritable orateur. On fait trop bon marché de ce titre aujourd’hui comme de tous les titres,