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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/693

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1811.

Quelle phrase, quelle période oratoire pourrait valoir ce cri populaire qui s’échappe de tous les cœurs :

Vive Napoléon-le-Grand et le Bien-Aimé !


1818.
Au Prince d’Orange :

Que J’aime à retracer nos époques de gloire,
A peindre nos anciens héros !
Mais, prince, vos nobles travaux
Nous rendent bien mieux leur histoire !

1819.

Flatter un ministre insolent
Ou ramper devant une altesse,
Applaudir un sot opulent,
Faire trafic de la bassesse ;
Triste jouet des favoris,
Se soumettre à la servitude,
Voilà la cour, mes bons amis :
Vive la solitude !

On peut remarquer, dans le style de l’illustre fabuliste, un détournement ultrà-romantique du sens naturel et de la valeur des expressions : dans la boutade de 1819, par exemple, le mot solitude se trouve signifier préfet impérial à La Haye, chambellan autrichien, poète de cour orangiste et gouverneur révolutionnaire. En vérité, n’est-ce pas abuser étrangement de la langue ? M. de Stassart traite les mots du dictionnaire comme il traitait les conscrits autrefois. Il faut bon gré mal gré qu’ils aillent se faire tuer sur la ligne de ses hémistiches sous peine de se voir conduits à la bataille entre deux gendarmes. Il est à regretter que l’œuvre politique de M. le gouverneur du Brabant ne se borne pas à des fables comme son œuvre littéraire : personne ne songerait à la tirer du tombeau. M. de Stassart a certainement moins de peine à gouverner ses sénateurs que ses rimes : sur les cinquante-deux honorables confiés à sa présidence, il n’y a pas trois récalcitrans. Tous passent plus ou moins glorieusement dans les eaux catholiques. On ne voit, sur cet heureux océan, ni orages ni coups de mer ; ce sont de vieux navires calfeutrés d’étoupes qui sommeillent à l’ancre au plein milieu de la rade, et si l’on entend quelques sifflets dans les manœuvres, à coup sûr ils viennent toujours du dehors. Quarante ans et mille florins de contributions, patente comprise, constituent ce que l’on nomme un pair belge. L’élégance et l’étude de la période sont des accessoires inutiles, attendu que l’on traite là les affaires comme dans le château de la Belle au bois dormant. Un membre commençait ainsi, l’autre jour, l’exorde d’une causerie sur la peine de