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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/685

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l’apanage des cadets de sa maison. Nouveaux refus de l’ecclésiastique. Le père alors, plutôt que de subir cette infraction aux us de ses aïeux, emporta le jeune messire dans ses bras, et un curé de village, plus respectueux pour la tradition historique, baptisa le noble enfant avec les égards et le titre auxquels son origine lui donne droit.

M. Robiano de Borsbeke faisait partie de la chambre des représentans ; il se démit de ses fonctions quand parut la fameuse encyclique du pape dirigée contre les principes démocratiques. Malgré l’antipathie que tout homme raisonnable éprouvera nécessairement pour de pareilles doctrines, il est impossible de ne pas estimer ceux qui les professent avec tant de franchise et de loyauté. Pour moi, j’admire réellement cette ténacité que rien ne saurait émouvoir, ni le temps, ni le malheur, ni le danger ; il me semble voir ces vieux portraits de Van Dyck et de Velasquez descendre de leurs cadres vermoulus pour juger les siècles qui les ont mis au tombeau.

Quoiqu’on les nomme aussi parmi les chefs du parti catholique, les Vilain XIV restent bien en arrière de MM. de Robiano, quant à la verdeur des opinions et à l’exagération des principes, ils appartiennent cependant, si on veut les en croire, à la plus ancienne noblesse flamande. Ils descendraient immédiatement des comtes de Gand, dont il est souvent question dans l’histoire des comtes de Flandre et des ducs de Bourgogne. Le comte Philippe Vilain XIV fut maire de Gand en 1808, et Napoléon attacha sa femme, la baronne de Feltz, à l’impératrice Marie-Louise, en qualité de dame du palais. Depuis î815 jusqu’en 1829, il siégea aux étais-généraux des Pays-Bas, où il s’occupait principalement de questions financières. Après que le gouvernement hollandais eut empêché sa réélection dans les Flandres, soit timidité, soit nonchalance, il laissa la révolution marcher son chemin. Plus courtisan que champion politique, il ne figura pas dans les rangs de l’insurrection aux jours d’orages et de tempêtes. Cette étoile disparue ne se remontra dans le ciel patriotique qu’aux rayons du soleil du lendemain, quand l’air fut redevenu serein et limpide, et que la rosée des grâces et des faveurs commença à laver les traces du sang répandu.