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un remords ! L’Angleterre avait dirigé la révolution de palais qui l’avait fait empereur de Russie. Cette révolution devait par conséquent fortifier la coalition nouvelle contre le hardi soldat qui venait de se couronner lui-même empereur des Français. — M. Pozzo di Borgo fut envoyé à Vienne où il eut à resserrer plus étroitement l’alliance entre son maître et les cours liguées ; il ne fut pas laissé long-temps en cette ville ; au bout de quelques mois, il dut la quitter pour aller représenter le czar, comme son commissaire, près de l’armée anglo-russe et napolitaine qui devait commencer ses opérations par le midi de l’Italie. Cette mission ne fui qu’un voyage. Les troupes alliées, à peine réunies à Naples, furent contraintes de se dissoudre. Le soleil d’Austerlitz avait chassé cet autre orage qui s’était levé menaçant au sud ; la victoire avait dicté la paix de Presbourg ; le traité séparait !’Au triche de la coalition. M. Pozzo di Borgo retourna à Vienne, mais il n’y séjourna pas ; il se rendit à Saint-Pétersbourg, où de nouveaux mouvemens militaires se préparaient.

Durant la campagne qu’Austerlitz avait couronnée, quand Napoléon s’était avancé si aventureusement au fond de la Moravie, la Prusse, inquiète de ses progrès, avait failli se joindre avec toutes ses forces à la coalition. Après Austerlitz, elle se détermina : ses troupes entrèrent en ligne unies aux troupes russes ; elle savait que sa mauvaise volonté n’était pas un secret pour le vainqueur, et qu’il ne la lui pardonnerait pas ; autant valait-il provoquer soi-même une guerre inévitable. Le comte Pozzo di Borgo accompagna son maître à l’armée, où le czar lui donna un rang, et le fit colonel à sa suite, poste qui rattachait à la personne même du souverain. C’était la coutume russe : il n’y avait d’avancement possible que dans la hiérarchie militaire. Envoyé une quatrième fois à Vienne, après la bataille d’Iéna, le colonel-diplomate essaya de réveiller l’Autriche de la torpeur où l’avait plongée la paix de Presbourg ; mais l’Autriche dormait profondément. Elle voulait la paix à tout prix. Elle ne bougea pas. L’empereur, voyant que son agent perdait là son temps et son habileté, l’envoya aux Dardanelles traita avec les Turcs, assisté du ministre anglais. M. Pozzo arriva à Ténédos. L’amiral Sanyavin le reçut à son bord d’où il assista an combat du mont Athos entre la flotte russe et celle du sultan. Ce fut là qu’il obtint sa première décoration militaire.

Napoléon touchait au faîte de la grandeur. La lutte sanglante et acharnée où les armées russes et françaises s’étaient si bravement mesurées, avait abouti au traité de Tilsitt. Les conférences qui furent ouvertes avaient réuni les deux empereurs, qui se virent fréquemment ; ils échangèrent des projets de commune ambition, et bientôt Napoléon domina de toute la puissance d’’son génie l’esprit enthousiaste du czar. L’admiration