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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/543

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Le temps s’y ménageait comme chose sacrée,
Jamais l’oisiveté n’avait chez moi d’entrée.
Aussi les dieux alors bénissaient ma maison ;
Toutes sortes de biens me venaient à foison.
Mais, hélas ! ce bonheur fut de peu de durée.
Aussitôt que ma femme eut sa vie expirée,
Tous mes petits enfans la suivirent de près,
Et moi je restai seul, accablé de regrets....

Nous n’avons pas, dans notre langue, de morceau plus profondément mélancolique.

Toutes ces beautés de détail n’appartiennent pas exclusivement à la poésie pastorale. Racan s’inspire heureusement parfois des maximes d’Épicure, et il retrouve, pour développer Lucrèce, quelque chose de la manière de Lucrèce :

Quelle présomption de croire que les dieux,
Qui là haut sont ravis en la gloire des cieux,
Daignent penser à nous qui ne sommes que terre !
Leur soin est d’éclairer ce que le ciel enserre,
Régler le mouvement de tant d’astres divers.
Séparer les étés d’avecque les hivers,
Savourer les douceurs dont leurs coupes sont pleines,
Et non pas s’amuser aux affaires humaines.

Tel vers se fait remarquer par une élévation de pensée qui se communique à l’expression :

Où le combat est grand la gloire l’est aussi.

Vous reconnaissez là l’inspiration première d’un beau vers de Corneille. Voici maintenant qui est sublime : un père raconte qu’il a vu le berceau de son fils enlevé par la tempête, et qu’il n’a pu le lui arracher :

Tant que je le pus voir je le suivis des yeux,
Et puis je le remis à la garde des dieux.

Je terminerai en citant un passage où le poète s’élève jusqu’à la