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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/487

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de Dieu, ils s’offrirent au Seigneur pour être les ministres de son favori. Mais Dieu, connaissant leur dessein, répondit : La mer ne sortira plus de ses bornes, la terre ne quittera plus la voie que je lui ai tracée dans l’espace, le soleil ne s’éteindra plus, l’air ne sera plus infecté de miasmes fétides ; vous serez enchaînés à jamais, et vous obéirez en esclaves, non pas à mon envoyé, mais à l’ordre que je vous assigne, et qui est ma parole, la loi éternelle de l’univers. Quant à celui-ci, que vous ne connaissez pas, c’est mon œuvre, et je l’ai faite en souriant pour vous railler et vous montrer que par vous-mêmes vous ne pouvez rien. Je lui ai donné les besoins des animaux, un corps frêle, sans défense et sans vêtement ; je l’ai mise nue sur la terre. Et vous voyez qu’en un jour elle a eu des chaussures, des vêtemens, des esclaves, de quoi pourvoir à tous ses besoins et régner sur la force, sans posséder la force. Vous n’avez pas compris où était sa puissance, et voyant qu’elle n’avait les avantages naturels d’aucun animal, vous vous êtes demandé comment elle savait gouverner l’instinct de tous les animaux et leur commander. C’est que j’ai mis en elle une étincelle de mon esprit, et qu’elle est à la fois corps et intelligence, matière et lumière. Allez, et que le monde soit son héritage. Elle ne vous commandera pas, car elle pourrait, comme vous, s’enivrer d’orgueil et succomber à son tour. Allez, et sachez le nom du plus beau de mes anges : c’est l’homme.


II.

La terre devint donc l’apanage de l’homme : il n’avait ni ailes d’or, ni auréole de lumière ; il ne pouvait contempler les splendeurs du tabernacle de Jéhovah ; mais la part d’intelligence qu’il avait reçue était. si grande, qu’il savait toutes les merveilles de l’univers sans les avoir jamais vues, et qu’il aimait Dieu et le servait mieux que les séraphins brûlans qui environnent son trône. Son âme voyait ce que les yeux de son corps ne pouvaient apercevoir, Il devinait par