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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/439

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comme un matelot connaît les voiles de son navire. Son front se dépouille, mais n’a pas de rides ; ses cheveux blanchissent, mais son corps n’est pas courbé. Les feuilles tombent, et l’arbre est debout, il a des racines profondes, et renouvelle à chaque printemps la sève de ses rameaux.

Calme et stoïque pour les maux qui n’atteignent que lui, le docteur ’n’imite pas la sagesse égoïste des vieillards usés dans le plaisir. Il ne prescrit à personne la sécurité qu’il s’est faite. Il tend la main à ceux qui fléchissent, il sourit à ceux qui espèrent ; mais il se reprocherait, comme une méchanceté envieuse, de dessiller les yeux plus jeunes que les siens. Il respecte les illusions qui ne sont plus de son âge. Il se garde bien de hâter la maturité des idées qui n’ont pas eu le temps de grandir. Il dépose ses leçons comme un germe fécond dans les âmes qu’il se concilie. Il creuse patiemment le sillon, pour que le vent n’emporte pas la semence. Mais il se fie au ciel pour l’épanouissement du grain et la richesse dorée de la moisson.

Il prévoit les passions qui ne sont pas encore nées. Il pressent la foudre qui va déchirer le nuage, avant d’avoir aperçu l’éclair à l’horizon. Comme l’oiseau qui rase la plaine, il annonce l’orage aux voyageurs attardés. Ecoutez-le ; car il sait mieux que vous quel abri convient à votre faiblesse ; écoutez-le, car il a étudié la route où vous entrez ; il devine où le pied vous manquera. Laissez-vous guider par lui, et vous marcherez sûrement.

Le bonheur est dans le devoir. C’est pourquoi le docteur tiendra d’une main sévère les rênes de son gouvernement paternel. Il est sûr d’éteindre l’incendie ; mais il vaut mieux, il ne l’ignore pas, étouffer l’étincelle. Son bras serait assez fort pour terrasser l’ennemi ; mais il vaut mieux le prévenir par la ruse et ménager le sang de l’armée.

Quel drame est possible à ces trois acteurs ? Avec le Génie, l’innocence et la Sagesse, quelle tragédie peut se nouer ? Donnez au génie la mélancolique élégie, à l’innocence l’hymne pieuse, à la sagesse le verset biblique ; dans cet échange harmonieux de pensées élevées, de sentimens purs et célestes, trouverez-vous la trame d’un poème dramatique ? L’élégie, l’hymne et le verset répugnent également à l’action. Multipliez à profusion les délicatesses de l’analyse, sondez dans ses profondeurs les plus cachées la conscience du poète, de la mère et du sage. Que chacun, à son tour, récite la