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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/336

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de la charité divine. On pouvait, en un mot, s’élevant au-dessus de tous les intérêts terrestres, embrasser la croix nue, la croix du charpentier né pauvre et mort pauvre, la croix de celui qui, ne vivant que de son amour pour ses frères, leur apprit à se dévouer les uns pour les autres ; la croix de Jésus, fils de Dieu et fils de l’homme, et la planter à l’entrée des voies où le genre humain s’avance. On le pouvait, nous le crûmes du moins. On pouvait aussi resserrer l’ancienne alliance avec les pouvoirs absolus, leur prêter secours contre les peuples et contre la liberté, afin d’obtenir d’eux une tolérance telle qu’elle, souder l’autel au trône, s’appuyer sur la force, tourner la croix vers le passé, la confier à la protection des protocoles diplomatiques, la confier à la garde des soldats chargés de contenir, la baïonnette sur la poitrine, les nations frémissantes. Rome a choisi ce dernier parti, elle en avait le droit ; et s’il est en nous une conviction profonde, c’est que, selon des vues au-dessus des siennes mêmes, elle a été déterminée à ce choix par la Providence.

En politique, l’Avenir combattait tous les despotismes, quels qu’ils fussent ; car peu importe que la tyrannie soit exercée par un ou plusieurs, qu’elle s’appelle roi, czar, empereur, ou comité de salut public ; il la repoussait également sous tous les noms et sous toutes les formes. Il réclamait les conséquences de la souveraineté nationale, une liberté égale pour tous, entière pour tous, et qui fut conquise en juillet et perdue le 7 août. Ennemi de l’anarchie qui, après avoir rompu les liens sociaux, engendre la dictature, il voulait l’ordre : mais nul ordre sans justice, nulle justice sans égalité, et c’est pourquoi il demandait que les Français, égaux devant la loi civile, le fussent aussi devant la loi politique ; il voulait que l’homme, pleinement affranchi dans sa pensée, sa conscience, le fût encore dans sa personne, sa propriété, son industrie, son travail ; qu’un vaste système d’élections, coordonnant toutes les parties de l’organisation politique, administrative, judiciaire, les ramenât de proche en proche à un centre dont l’unité représentât celle de la nation même, et la préservât des déchiremens que tôt ou tard amènerait le fédéralisme. Libre au-dedans, forte au-dehors, la France, gouvernée par elle-même, aurait pu porter une réforme sérieuse dans ses finances trop long-temps exploitées