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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/273

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HISTOIRE NATURELLE.

coucou, dit Oppien, est le premier oiseau qui nous annonce le printemps. Il ne construit point lui-même son nid, mais il va chercher celui de quelque autre oiseau, et après avoir dévoré les œufs qui s’y trouvaient, il laisse les siens à leur place. Les œufs substitués sont couvés par l’étrangère qui ne reconnaît son erreur qu’après que les petits sont éclos. Indignée de la fraude, elle abandonne son nid et va en construire un autre. La vraie mère alors revient et pourvoit aux besoins de sa jeune famille. »

Oppien ne dit point quels motifs portent la femelle du coucou à confier à une autre mère le soin de couver ses œufs ; Elien pense que c’est parce qu’étant d’un tempérament très froid, elle sent qu’elle ne pourrait leur communiquer la chaleur dont ils ont besoin pour éclore. De notre temps, on a émis une opinion diamétralement opposée, et qui pour cela n’en est pas plus juste. Les coucous, à en croire Levaillant, sont des oiseaux très ardens en amour, et qui pendant toute la saison de la ponte, sont dans une sorte de fièvre continuelle. S’ils voulaient couver eux-mêmes leurs œufs, ils les cuiraient, pour ainsi dire, et c’est pour parer à ce danger que la nature leur a donné l’instinct d’aller pondre dans un nid étranger.

Toutes les fois qu’un animal présente, soit dans ses mœurs, soit dans ses formes, quelque chose d’un peu étrange, il devient bientôt l’objet d’une foule de fables ridicules. Le coucou nous en offre un exemple, puisque son histoire s’est successivement enrichie de plusieurs circonstances merveilleuses, dont quelques-unes même n’ont aucun rapport avec celle qui avait d’abord appelé l’attention.

On avait remarqué, par exemple, que cet oiseau, dont le vol est ordinairement très élevé, et qui ne se perche guère que sur les plus grands arbres, a de tout autres allures pendant les premiers jours qui suivent son apparition. Alors, en effet, il se tient dans les broussailles, où on le voit sautilla ut de branche en branche, et quelquefois même descendant jusqu’à terre. On supposa assez naturellement qu’il se ressentait encore des fatigues du voyage ; aujourd’hui on croit que s’il se tient ainsi près du sol, c’est qu’à cette époque de l’année il ne pourrait trouver ailleurs les insectes dont il se nourrit. La première explication, au reste, si elle n’était pas vraie, était du moins très plausible. On admit assez volontiers