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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/242

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« Faut-il te dire quelles sont les contrées vraiment malheureuses ? Ce sont celles où règne un être tyrannique. La tyrannie écrase comme le pied d’un cheval, ou ravage tout ce qu’elle rencontre comme l’onde impétueuse d’un torrent. Elle est plus redoutable que le vent du sud, qui dessèche le sol ; plus cruelle que les années, qui engendrent la corruption. Elle empêche la prière de monter vers les nuages, et les bénédictions du ciel de descendre vers la terre. Garde-toi des lieux où règne la tyrannie ! Quand tu serais plus blanc qu’un œuf, quand tu verrais autour de toi tous les hommes bénis dans leurs biens et dans leurs enfans, vous n’en serez pas moins perdus ; les oiseaux tomberont du haut des rochers, et les hommes seront saisis de terreur et frappés par la foudre. »

« O roi, s’écrie-t-il plus loin, ne t’enorgueillis pas des drapeaux victorieux qui flottent autour de toi, des chars splendides qui t’environnent, et de cette foule craintive qui se prosterne à tes pieds, attendant l’ordre qui lui fera faire un acte d’obéissance, et l’heure où elle pourra te montrer sa soumission. Oui, tu es puissant par les hommes qui t’entourent, mais tu pèses lourdement sur la foule. N’oublie pas qu’il y a une puissance au-dessus de la tienne, la volonté d’un émir plus grand que toi. Celui-là seul ordonne et défend, et te permet ou te retire le droit d’ordonner et de défendre. Ce que tu dois au moins, c’est de craindre cet être plein de force, comme le plus pauvre de tes esclaves te craint toi-même ; c’est de ne pas te soulever dans la poussière contre Ion créateur ; car si son regard vient à se détourner de ton orgueil, tu ne dois plus avoir de volonté, puisque sa volonté seule te donne le droit de commander. »

Voici d’autres sentences que l’on dirait écrites par un homme de l’Évangile, tant elles respirent la Charité et la mystique douleur du christianisme :

« Dieu ne s’incline point vers les vêtemens qui retombent avec faste et traînent en longs plis, ni vers les yeux qui restent languissamment attachés à la terre ; mais il se penche vers le cœur qui reste toujours ouvert à la pitié, qui se sent épris d’un vif sentiment de compassion, et se sépare de ce monde pour s’élancer avec ardeur vers le paradis. »

« O monde ! combien comptes-tu de cœurs blessés, combien d’hommes dont l’âme saigne, dont les yeux sont pleins de larmes ! Tu quittes et tu désespères ceux qui t’aiment, tu te joues de ceux que tu as élevés ; infinis sont les tourmens que tu leur donnes, et leurs plaintes innombrables comme les grains de sable. »

« Supporte les hommes, accepte avec douceur leurs défauts. L’insulte d’un ennemi ne peut te faire honte. Heureux celui qui n’a aucun fiel dans l’âme, et trouve toujours au-dedans de lui-même un asile assuré. Dieu a