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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/240

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immense supériorité. Jamais prince ne posa mieux que lui la question européenne, et ne la suivit avec une plus infatigable activité. Les registres de ses négociations, que j’ai compulsés page à page, confirment la haute opinion que la postérité a conservée de lui. Quelle sagacité dans le choix des hommes ! Quelle réunion d’envoyés à têtes plus sérieuses, plus promptes à concevoir, plus persévérantes à exécuter ! Les noms du duc de Nevers, de Villeroy, Bellièvre, Sillery, d’Ossat, Duperron, Bongars, Sancy, Savary de Brèves, se mêleront éternellement aux actes de la paix de Vervins, à l’absolution de Henri IV, grande affaire du temps, à la pacification des provinces et à l’édit de Nantes. C’est à Henri IV qu’il faut reporter la lutte systématique contre la maison d’Autriche, ces essais de guerre contre la monarchie universelle de Charles-Quint et de Philippe II. La mort vint l’enlever à un mouvement militaire que sa royale pensée légua à Richelieu. »


LE COLLIER D’OR DE SAMACHSCHARI.

M. de Hammer a entrepris de faire connaître l’Orient à son pays, et il s’acquitte de cette grande tâche avec un zèle infatigable. Nul, mieux que lui, ne pouvait comprendre l’étendue de sa mission ; nul, mieux que lui, ne pouvait être appelé à la remplir. Il n’a pas seulement étudié l’Orient dans les livres, dans les relations de voyages et les descriptions des poètes ; il ne l’a pas seulement rêvé dans son imagination ; il y a été lui-même, il y a été à vingt-quatre ans, comme élève, étudiant à Constantinople la langue turque sous la direction du savant Herber ; à vingt-huit, comme interprète ; à trente-cinq, comme consul ; et il a rapporté de ces trois excursions les richesses littéraires les plus précieuses. Il y a quelques années qu’il fit généreusement don à la bibliothèque de Vienne d’une quantité de livres orientaux, et cela ne l’empêche pas d’avoir encore la collection la plus belle et la plus complète de manuscrits arabes, turcs, persans. Ainsi dévoué à son œuvre, il la poursuit par toutes les voies qui se présentent à lui, par les vieilles traditions et les vieilles poésies, par le moindre filon d’or et la plus petite source oubliée qu’il découvre. Ni cette accumulation de titres dont toutes les petites cours d’Allemagne se sont plu à le revêtir, ni les décorations de toutes sortes dont on lui a couvert la poitrine, ne peuvent lui ôter son caractère primitif de savant, pas plus que les charges officielles dont il est investi auprès de l’empereur ne l’empêchent d’abdiquer avec joie chaque semaine toute charge, toute obligation de place, de jeter là son habit brodé de conseiller impérial, et de se remettre, avec la gaîté de cœur d’un enfant, à ces livres qu’il aime, à ces études où il s’ouvre sans cesse de nouveaux aperçus. On imprime maintenant à Pesth, une