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reparlerons très prochainement de cette heureuse tentative de M. Souvestre avec toute l’attention qu’on doit aux productions des hommes qui se distinguent de la foule des conteurs et des dramaturges par la pensée sociale qui préside à leurs travaux.

— M. Émile Péhant vient de pubher un volume de Sonnets, chez Ebrard, libraire, rue des Mathurins-Saint-Jacques, 24. Il y a de la grâce et de l’élévation dans ces petits poèmes. Les images sont bien choisies et bien assorties à la gamme des sentimens. Les quelques incorrections de langage semées çà et là dans le volume n’en troublent pas cependant la pureté générale. Après ce premier et laborieux apprentissage, au sortir de cette palæstre poétique, nous désirons vivement que l’auteur applique au récit ou à l’action le remarquable talent de versification qu’il vient de prouver.

— M. de Custines, connu déjà dans le monde littéraire par deux volumes de voyages et par une tragédie, vient de publier un roman chez Eugène Renduel. Le Monde comme il est offre une suite de scènes empruntées aux salons de la haute aristocratie. Comme l’auteur vit au milieu des hommes et des choses qu’il a voulu peindre, la critique, sans s’exposer au reproche d’injustice, aura le droit de se montrer sévère pour cet ouvrage. Quand un grand seigneur entreprend d’animer sous la forme poétique les idées, les sentimens et les caractères d’une classe privilégiée, on doit attendre de sa plume une élégance de diction, une pureté de goût, dignes en tout point de la spécialité exclusive du sujet qu’il a choisi. C’est pourquoi, avant de nous prononcer, nous lirons le Monde comme il est avec une attention sérieuse.

PARVENIR, par M. Cochut. — J’ai l’assurance que ce livre n’a pas été écrit à la légère. L’auteur ne s’est pas fié à l’improvisation. II a long-temps médité ce qu’il nous donne aujourd’hui ; c’est pour la critique la plus sévère une excellente recommandation. Le sujet choisi par M. Cochut est bien actuel, on peut le dire sans banalité. Ce n’est rien autre vraiment que l’ambition. La fable inventée pour le développement de cette passion dévorante est d’une grande simplicité, et ne manque ni de naturel ni de vraisemblance. Toutes les misères de l’égoïsme, toutes les luttes de la volonté persévérante contre les hommes qui marchent au même but, contre les choses qui refusent de plier, tous les désappointemens éplorés, sont révélés avec franchise. L’auteur n’a pas reculé devant les difficultés de sa tâche. Mais j’ai contre son livre deux objections que je lui propose, et qui, sans altérer le mérite de l’œuvre en elle-même, sans rétrécir la vérité de la conception, feront peut-être obstacle à la popularité de l’artisle. 1° Les épisodes qui sont