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forte et durable. Les Indiens ne seront pas les derniers à s’en apercevoir ; ils connaissent les ressources des provinces, ils attaquent quand ils sont prêts ; les armées, au contraire, ne peuvent faire un mouvement qui ne soit prévu, leur marche est épiée d’avance, elles ne savent où trouver l’ennemi.

Puis, quand une guerre civile éclate derrière eux, les soldats démoralisés, las d’une campagne sans profit, sans gloire, se mettent à déserter ; plus de discipline, plus d’ordre ; ils s’en vont pillant sur les routes, tuant pour vivre les bœufs qui restent encore épars dans les plaines, portant ainsi le dernier coup à ces habitations déjà en proie à tant de maux. Point de communication d’une ville à l’autre, partant point de commerce. Pendant près de 80 lieues, nous fûmes nous-mêmes inquiétés par ces partidas sueltas ; personne ne voyageait alors ; il y avait un mois qu’on n’avait eu à Cordova des nouvelles de Buenos-Ayres ! La route de San Luis était infestée de ces bandits errans, qui rôdent sur les grands chemins, vivent aux dépens des campagnes, et se paient eux-mêmes des frais de la guerre. Voilà tout ce qu’avait produit dans les provinces de Cordova et San Luis la grande expédition de 1833, qui devait délivrer à jamais le pays des hordes de barbares cachés dans les solitudes de la Pampa. Cette fois encore, comme cela arrive toujours, une grande idée présida à la formation d’un projet louable et utile ; puis de petites haines, des ambitions misérables, en divisant les volontés, firent manquer l’exécution.


THEODORE PAVIE.