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de sincérité si pénétrant, que la défiance est impossible. Ce qu’il y a de romanesque et de poétique dans quelques chapitres charme sans étonner. Une fois qu’on a mis le pied avec eux sur cette terre d’Orient, si naïvement prodigieuse, si variée dans sa nouveauté, quand on a cheminé quelques jours dans les sables mobiles et brûlans, on s’acclimate aux émotions du narrateur, et l’on aime à juger comme eux, de loin, avec un attendrissement austère, les hommes et les choses de la patrie que l’on n’a pas quittée.

M. Michaud, avec une érudition patiente, sans jamais toucher à la sécheresse, nous a révélé dans les mœurs égyptiennes bien des côtés inaperçus jusqu’ici. Il a jugé, avec une remarquable sagacité, les innovations administratives et militaires de ce pays. Son style élégant et pur, mais sans coquetterie et sans emphase, sert de vêtement plutôt que de parure aux idées qu’il expose. Il écrit en pleine langue, et c’est aujourd’hui un mérite qu’il faut proclamer bien haut, car on ne le coudoie pas chaque jour.

Ce que M. Poujoulat nous dit de Jérusalem et des environs est parfaitement neuf après l’Itinéraire. Le jeune écrivain évite, sans la fuir, la ressemblance des descriptions. Il ne cherche pas à réfuter ; mais involontairement, par la seule force de la franchise, il est autre sans courir après la singularité. Sa pensée, en présence des choses, est celle d’un observateur attentif, qui s’impose comme premier devoir de ne rien omettre, et de regarder deux fois pour apercevoir, sous un jour vrai, le sujet de ses études. Par cette méthode, qui n’est pas la plus vulgaire, il arrive à la clarté, quelquefois à la poésie ; mais la splendeur des images, qu’il ne peut s’interdire, n’a rien d’officiel ni de délibéré ; c’est une ressource qu’il trouve, mais qu’il n’invente pas.

Vienne bientôt le sixième et dernier volume de cette curieuse Correspondance, et nous essaierons de résumer les traits généraux de ce grand tableau, de caractériser sous une forme sommaire, mais compréhensive, les idées qui dominent cette nouvelle appréciation de l’Orient.

— C’est un devoir pour la presse parisienne d’encourager de tous ses efforts les publications provinciales qui ont une réelle importance, une utilité directe : dansée nombre nous devons ranger l’Ancien Bourbonnais, de M. Achille Allier ; ce jeune et laborieux artiste, avec un dévouement et une persévérance qu’on ne saurait trop louer, continue ses recherches ingénieuses sur les antiquités d’un pays jusqu’ici trop peu étudié, et qui pourtant méritait la popularité.

Outre le dessin des monumens et des sites remarquables de cette