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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/129

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monde sait que le général s’est traîné malade sur la route de Naples, et que maintenant il cherche à secouer la mort dans des fêtes diplomatiques. Quittera-t-il ce doux climat pour Londres ? Je le crois, parce que M. Sébastiani est, avant tout, homme de vanité, et qu’une ambassade du premier rang viendrait-elle couronner sa tombe, il l’accepterait encore, tant il a presse des honneurs. Le roi lui a écrit, il acceptera ; puis, passant l’hiver à Naples, il ira vivre le printemps prochain à Londres. Tant pis pour les affaires si l’interrègne se prolonge, si nous n’avons qu’un simple secrétaire d’ambassade en face de l’aristocratie anglaise qui s’agitera dans le parlement.

Lord Cowley arrive demain à Paris ; sa mission est de rassurer la France sur les intentions du cabinet tory. Le maintien des traités parait être la devise du ministère anglais. M. Peel se presse de le manifester.

On s’était exagéré la maladie du roi de Prusse ; cependant il y a une telle prostration de forces, qu’à chaque moment des vertiges et des faiblesses le saisissent dans ses promenades et dans son palais. La mort du roi changerait l’esprit du gouvernement prussien. La noblesse belliqueuse s’élèverait avec le prince royal à la couronne.

On parle d’un congrès de souverains à Vienne pour la fin de mars.


M. Janin a ouvert, il y a quinze jours, à l’Athénée, son cours sur l’histoire du journal en France avec un succès et un applaudissement que concevront sans peine ceux qui ont lu cette leçon d’ouverture. En esquissant rapidement et chaudement les diverses parties de son sujet, M. Janin a trouvé moyen de faire par avance des portraits spirituels et animés des personnages qu’il reprendra plus tard en détail ; mais il s’est surpassé lui-même et s’est élevé à une éloquence imprévue, à une sorte d’émotion lyrique, dans ce qu’il a dit de Fréron, auquel il a promis une réhabilitation entière. Il est impossible d’avoir à un plus vif degré que M. Janin ce que j’appellerai le sentiment, l’amour, la fantaisie et la poésie même du journal. Cette vivacité charmante, cet entrain gracieux et empressé d’où sont partis tant d’agréables feuilletons qui sont de petits chefs-d’œuvre, il va le porter dans l’histoire et l’appréciation de ses devanciers. On s’en est bien aperçu à la peinture de prédilection qu’il a faite du célèbre et infatigable ennemi de Voltaire ; il lui restera à justifier plus tard son brillant paradoxe par des exemples qui probablement ne lui manqueront pas. L’histoire du journal en France se partage assez bien en deux parts, la première jusqu’en 89, et la seconde depuis. Avant 89, le journal dont