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développer, et nous poserons cette question au ministère : « que s’est-il passé sur le projet de dissolution de l’Ecole Polytechnique ? » Sans doute il ne s’agira d’abord que de majorité et de minorité, accident inévitable dans toute délibération politique ; mais en se perpétuant, ces majorités et ces minorités deviennent des nuances hostiles qui luttent et se prennent corps à corps jusqu’à ce que les crises décisives arrivent.

Louis-Philippe connaît mieux que personne tous les tiraillemens de son cabinet ; ceux qui l’approchent aux Tuileries ont dû remarquer un nuage de tristesse sur ce front habituellement si expansif ; on voit que quelque chose l’importune et le blesse dans la constitution et la marche de son gouvernement. Le roi, comme tous les esprits éclairés, a l’instinct des choses ; de quelque manière qu’on envisage la dernière crise ministérielle, il n’en est pas moins vrai que Louis-Philippe a été en définitive forcé de céder ; la combinaison Guizot et Thiers s’est imposée comme une nécessité. Le système actuel plaît à la royauté, parce qu’il est en harmonie avec la pensée européenne de conservation et de répression qui forme la base exclusive du projet persévérant et fixe de Louis-Philippe ; mais les circonstances qui ont fait triompher la combinaison ministérielle sont présentes à sa mémoire. On peut dorer un joug, il n’en est pas moins pesant. L’Europe, qui avait eu jusqu’à la dernière crise du ministère une haute opinion de la capacité de Louis-Philippe, l’a perdue à l’aspect de ces incertitudes de sa pensée ; cette absence complète d’un gouvernement régulier a déconsidéré l’autorité du trône de juillet ; M. Bresson a pu écrire de Berlin la manière dont l’empereur de Russie et le roi de Prusse s’étaient exprimés sin-cette impuissance d’une couronne de quatre ans pour trouver des ministres capables de la seconder. La combinaison Bassano a été principalement imputée au roi, et cette combinaison, il a été forcé de l’abandonner après quelques jours de durée. Cette opinion de l’Europe touche profondément Louis-Philippe ; après tant de sollicitudes et de sueurs, n’obtenir que ce résultat désespérant, c’est chose triste et déplorable ! Ensuite la couronne voit bien que les esprits s’aliènent à son gouvernement ; on a marché trop vite dans la désaffection ; on a secoué d’abord le parti républicain, puis l’opinion Laffitte, Mauguin, Odilon Barrot ; maintenant on a même jeté M, Dupin dans l’opposition. Où cela s’arrêtera-t-il ? Le système ministériel n’a plus qu’un seul journal important pour lui ; la presse l’attaque vigoureusement. Comme le roi a une très grande expérience d’avenir, il sait que, si la presse ne produit pas un résultat immédiat, elle mine, elle travaille les esprits. La dernière élection de M. Eusèbe Salverte l’a vivement préoccupé. A un an de distance, la bourgeoisie de Paris, les boutiquiers, cette garde nationale dont le roi a