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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/106

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M. Barthold, qui a réuni avec une ardente sympathie tous les élémens de cette belle histoire, n’a pas renoncé pourtant à l’impartialité, et il stygmatise plus d’une fois les honteux excès de la populace, comme il rend hommage à tous les nobles caractères, même parmi les patriciens. Son style est digne et ferme : mais en faisant de louables efforts pour éviter les interminables longueurs de la prose allemande, il tombe quelquefois dans l’obscurité de la concision.

Nous nous sommes arrêtés long-temps sur ce Mémoire qui est le plus important des trois que contient le volume. Le second, dont M. Voigt est l’auteur, présente un tableau assez curieux, quoique incomplet, de la vie privée des princes allemands au XVIe siècle. Ce serait une si bonne fortune pour les faiseurs de romans moyen-âge, que nous regrettons presque de la leur avoir indiquée. Le troisième traite de l’état des hommes et des mœurs en Islande avant l’introduction du christianisme. L’auteur est le docteur Léo, qui fait quelquefois des réflexions incroyables et surtout bien longues.


RAHEL, EIN ANDENKEN FUR IHRE FREUNDE (Rahel, souvenir adressé à ses amis). 5 vol., Berlin.

Qui a été à Berlin sans connaître Mme Varnhagen de Ense, sans entendre au moins beaucoup parler d’elle ? Cette dame fut presque un phénomène en Allemagne, où la sociabilité reçue semblait jusqu’alors refuser aux femmes une activité et une influence que Mme Varnhagen s’appropria de la manière la plus remarquable. Elle eut un salon qui n’offrit rien d’analogue à l’hôtel de Rambouillet et aux réunions de Mmes Geoffrin et du Deffant. Douée de presque toutes les qualités de l’esprit, liée avec les notabilités intellectuelles de l’Europe, elle n’eut rien de commun avec le pédantisme et la prétention de Mme de Staël. Sa maison pouvait être quelquefois à son insu un bureau d’esprit ; mais c’était, avant tout, un bureau d’affectueuse amabilité et de bon goût. Comment décrire à Paris cette originale personnalité de Mme Varnhagen, femme spirituelle, modifiée par la sensibilité allemande, faisant servir l’instruction à favoriser ses élans d’imagination capricieuse, pouvant être vaine, vaine d’elle et de son époux, et n’étant jamais que bonne ? Que les Français imaginent le caractère de femme le plus curieux pour leurs idées habituelles, il leur restera encore à le teindre de cette couleur particulière à l’Allemagne. Le plus bel éloge qu’on puisse faire d’elle, c’est que, pouvant prétendre à la gloire littéraire, elle n’a laissé, comme titre au souvenir de ses contemporains, que ses lettres, témoignages de piquante sympathie, réunies