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Page:Revue des Deux Mondes - 1835 - tome 1.djvu/100

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gens de son école, de ne pas comprendre Molière, et qu’il ne se compromette pas dans une lutte où il ne| recueillerait que désagrémens. Car M. Tieck ne s’est pas borné à son conte fantastique : il en a fait un vieux manuscrit retrouvé, comme chez tous les hommes d’imagination, par un personnage bien ridicule qu’il a jeté au milieu du prosaïsme du ménage. Il y a là une certaine histoire de beurre qui est bien la plus dégoûtante platitude que vous puissiez supposer. Après quoi, M. Tieck parle un instant de la France pour déclarer immorale toute notre littérature actuelle ; et il cite des noms de manière à prouver qu’il ne sait ce dont il est question. Nous ne lui en ferons pas un crime, car il n’est pas à l’étranger le seul qui apprécie mal la France. Si nous jugions ainsi nos voisins, il n’y aurait pas assez de voix contre l’ignorance et la fatuité françaises. Au surplus M. Tieck n’est plus d’âge à nous comprendre ; de nouvelles générations s’avancent en Allemagne, auxquelles une sociabilité modifiée, un mouvement d’assimilation européenne, donnent la véritable intelligence de notre époque. Ces jeunes hommes viennent à nous, et nous allons à eux. En attendant le moment de la fusion, c’est par eux que nous voulons être entendus, par eux que nous voulons être jugés.

Après cette nouvelle vient un Voyage dans les Abruzzes, fragment, par l’auteur de Scipio Cicala et du Siège du château de Gozzo. Ce morceau paraît être une étude d’après nature : l’auteur, qui était sur un terrain de prédilection, a été beaucoup plus heureux que dans son dernier roman. Ses personnages sont un peu plus naturels, à l’exception de son soldat anachorète qui n’est qu’un mannequin de bravoure. En général, le paysage et les incidens qui tiennent à la nature du pays sont bien-venus, comme disent les peintres. Il est possible que les défauts actuels de cet écrivain ne tiennent, pour la plupart, qu’à l’inexpérience. Ce volume se termine par les Alchimistes, nouvelle par le baron de Sternberg. C’est une nouvelle de baron qui n’est ni meilleure ni pire que celles de beaucoup de nos conteurs de profession, auxquels le plus grand don conféré par le dieu de poésie est le don de roture.


Historisches Taschenbuch, etc. (Manuel historique pour 1835), publié par F. de Raumer, 1 vol. Leipzig.

Encore de la littérature annuelle, mais celle-ci est tout autre chose. Nous croyons qu’un essai de ce genre a été fait chez nous : pour le moment, nous n’en connaissons pas l’existence. Aujourd’hui que les études ont pris un notable accroissement, et que le goût de pareils travaux est passablement répandu, un semblable recueil de mémoires historiques,