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vint en assez bon ordre sur la crête de la colline occupée un instant auparavant par les soldats du duc. Là une troupe de chiens de montagne qui marchaient devant l’armée, rencontra une troupe de chiens de chasse qui appartenaient aux chevaliers bourguignons, et comme si ces animaux eussent partagé la haine de leurs maîtres, ils se jetèrent les uns sur les autres ; les chiens des confédérés, habitués à tenir tête aux taureaux et aux ours, n’eurent point de peine à vaincre leurs ennemis qui prirent la fuite vers le camp : cela fut regardé par les confédérés comme chose de bon présage. Les Suisses se divisèrent en deux troupes pour tenter deux attaques. Dès la veille, mille ou douze cents hommes avaient été détachés du corps d’armée, et traversant la Sarine, un peu au-dessus de sa jonction avec l’Aar, s’étaient avancés en vue du comte de Romont, qu’ils devaient inquiéter, et empêcher par ce moyen de porter secours au duc Charles. Hallewyl, qui commandait une de ces troupes réunie à son avant-garde, et Waldmann, l’autre, combinèrent leurs mouvemens de manière à attaquer tous les deux en même temps ; et partant du même point, ils s’ouvrirent comme un V et allèrent attaquer, Hallewyl la droite, et Waldmann la gauche du camp, défendu dans toute sa circonvallation par des fossés et des retranchemens, dans l’embrasure desquels on apercevait les bouches noircies d’une multitude de bombardes et de grosses coulevrines. Cette ligne resta muette et sombre jusqu’au moment où les confédérés se trouvèrent à demi-portée de canon. Alors une raie enflammée sembla faire une ceinture au camp, et de grands cris poussés par les Suisses annoncèrent que des messagers de mort avaient sillonné leurs rangs.

Ce fut surtout la troupe de Hallewyl qui souffrit le plus de cette première décharge. René de Lorraine et ses trois cents chevaux accoururent à son secours. Au même moment une porte du camp s’ouvrit, et une troupe de cavaliers bourguignons sortit et fondit sur eux la lance en arrêt. Comme ils n’étaient plus qu’à quatre longueurs de lance les uns des autres, un boulet tua le cheval de René de Lorraine ; le cavalier démonté roula dans la boue, on le crut mort. Ce fut Hallewyl à son tour qui lui vint en aide et qui le sauva. Waldmann, de son côté, s’était avancé jusqu’au bord du fossé ; mais il avait été forcé de reculer devant le feu de l’artillerie