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M. Godefroy Jadin a fait de grands progrès. Sa Vue prise à Montfort l’Amaury est très supérieure à ses précédens ouvrages ; son paysage de 1831 était réel, mais froid. Son paysage de 1833, une allée de Compiègne, était d’une couleur plus riche et plus saisissante, mais les feuilles et les branches manquaient d’air et de légèreté. Cette année l’auteur a choisi un sujet original et simple. Les vaches qu’on aperçoit presqu’au sommet de la toile donnent de la grandeur et de la nouveauté à la composition. Les terrains des premiers plans à gauche et à droite sont d’une solidité remarquable ; la plaine qui couronne le cadre est d’une bonne saillie ; l’indication linéaire des sentiers qui mènent du bas-fond à la plaine est précise sans être dure. Il est fort à regretter que cette toile soit placée trop haut maintenant pour pouvoir être étudiée sans fatigue ; elle devrait être à hauteur d’appui, et l’œil alors détaillerait à loisir toutes les beautés de l’ouvrage. Jusqu’à présent M. Jadin n’a pas prouvé qu’il fût doué de l’Invention, mais lorsqu’il choisit heureusement son sujet et qu’il trouve dans la nature qu’il a sous les yeux de quoi suffire à toutes les exigences de la composition, il tire bon parti de son modèle. Cette fois-ci par exemple il a trouvé un poème tout fait, et il a su le rendre à merveille.

Ses aquarelles de nature morte sont des chefs-d’œuvre de vérité. Personne en France que je sache ne pourrait lutter avec lui dans ce genre qu’il a si profondément étudié pour la finesse des détails et le choix des tons.


M. Cabat, encouragé par ses premiers succès, a marché plus hardiment dans la voie de rénovation historique où il s’était engagé. Ses paysages de cette année, malgré le baptême qu’il leur donne, n’ont pas grand’chose à démêler avec la nature qu’il a voulu traduire. Il a fait des progrès incontestables dans la manière souvenue qu’il avait adoptée ; mais cette manière en se perfectionnant, en se rapprochant de plus en plus des maîtres flamands et hollandais, semble avoir perdu en naïveté ce qu’elle gagne en précision.

Ce n’est pas que je prétende au moins mettre les toiles de M. Cabat à côté des Ruysdaël et des Hobbema ! Non, sans doute. Mais il y a entre la sobriété systématique du jeune peintre français et la sobriété naïve de ces deux maîtres une parenté singulière et frappante. L’Étang de Ville-d’Avray, la plus étendue des toiles de