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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/76

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conseils ne seront pas entendus. Les applaudissemens empressés d’une foule ignorante étoufferont notre voix ; mais ici la vérité importe assez pour qu’on la répète à plusieurs reprises. Peut-être qu’un jour les applaudissemens se ralentiront ; alors notre voix sera entendue, et l’on saura si nous nous sommes trompés.


Entre les trois paysages de M. Paul Huet, celui que je préfère, c’est une Vue des environs de Honfleur. La Vue du château d’Eu et la Vue générale d’Avignon ne me plaisent pas autant. Il y a dans les premiers plans de la Vue d’Avignon plusieurs morceaux très habilement traités ; les terrains et les murailles sont d’une pâte excellente, mais la silhouette de ces premiers plans n’est pas heureuse. Malgré l’habile combinaison des couleurs distribuées sur le devant de la toile, l’œil est loin d’être satisfait et cherche long-temps ce qu’il ne peut trouver, je veux dire l’harmonie linéaire, sans laquelle il n’y a pas de composition pittoresque. A proprement parler, le sujet réel du tableau, la Vue générale d’Avignon, ne se trouve guère qu’au-delà du second plan. Or, il est impossible qu’un sujet placé à une pareille distance soit écrit avec une netteté assez précise et assez sévère pour que le regard le plus attentif n’aperçoive pas à travers la brume ce qu’il voudrait voir dans un air pur et diaphane. Cet inconvénient est très grave. Quelle que soit l’ingénieuse exécution de ce troisième plan, l’importance exagérée des deux premiers ôte à la toile son unité optique, et partant son unité poétique. La Vue de Rouen au dernier salon avait aussi des premiers plans d’une assez grande importance ; mais, comme la disposition des lignes permettait à l’œil d’aborder sur-le-champ le sujet principal, l’unité n’était pas détruite.

Jamais peut-être M. Paul Huet n’avait apporté dans l’exécution des détails une patience aussi persévérante que dans les premiers plans de sa Vue d’Avignon. A ne les estimer que selon leur mérite pittoresque, indépendamment de la composition à laquelle ils se rattachent, c’est une suite de morceaux excellens. Pareillement, en supposant au bord du cadre les mêmes détails avec une silhouette plus harmonieusement découpée, la vue générale de la ville ne pourrait manquer de plaire par l’heureuse distribution des masses, par la fuite des lignes. Le ciel est d’un ion chaud et clair ;