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président. En même temps une révolte semblable éclate dans son propre camp au Durazno, et il n’échappe à la mort qu’en sautant en chemise par une fenêtre et s’enfuyant tout seul à travers champs, après avoir vu son aide-de-camp égorgé à ses côtés. En un instant il vit renverser sa puissance dans toute l’étendue de la république.

Riveira néanmoins ne se tint pas pour définitivement battu. Il rassembla de nouveau ses partisans, et aussitôt qu’on sut à Montevideo qu’il se trouvait à la tête de forces capables de balancer celles de son adversaire, une contre-révolution s’opéra, et Lavalleja, poursuivi à son tour, chercha un refuge sur le territoire brésilien où il fut désarmé. Aujourd’hui il est à Buenos-Ayres où il a plusieurs fois cherché vainement à armer contre sa patrie.

Ces quatre révolutions, si toutefois ce nom convient à ces coups alternatifs de bascule entre deux ambitieux sans mérite et sans talens, peuvent donner une idée de la manière dont les nouvelles républiques gouvernent leurs affaires depuis qu’elles sont livrées à leur propre sagesse. Peu de sang, du reste, coula dans ces échauffourées ; de basses trahisons et l’absence de tout patriotisme en furent les caractères les plus remarquables ; les Guaranis payèrent pour tous. Riveira, réinstallé de nouveau, résolut de les punir de leur révolte en faveur de Lavalleja, et fit marcher contre eux son frère, don Barnabé. Dans la destruction se trouvèrent enveloppés les Charruas qui avaient fait cause commune avec les Guaranis. Cette nation, puissante autrefois, occupait, lors de la découverte, tout l’espace compris entre le Rio de la Plata, au sud, l’Uruguay au nord et à l’ouest, et les bords de l’Atlantique à l’est. Ce fut elle qui, en 1516, massacra près du rivage de Santa-Lucia, quelques lieues à l’est de Montevideo, Solis, le premier découvreur du fleuve, et quelques-uns de ses matelots. Repoussés dans leurs déserts à mesure que s’étendaient les progrès des Européens, les Charruas erraient dernièrement encore avec les Minuanos, les Guaycanas, les Patos et quelques restes non civilisés des Tapes, dans la province de Rio-Grande, aux environs de Sept Missions, et dans le nord de la province de Montevideo. Les missionnaires avaient essayé vainement de les réduire et de leur faire apprécier les bienfaits de la civilisation. L’un d’eux rapporte, dans un ouvrage manuscrit qui m’est tombé entre les mains, que les caciques de la nation, le voyant baptiser avec empressement les enfans nouveau-nés, vinrent lui proposer, pour se moquer de lui, de baptiser certaine partie de leur corps qu’ils lui montraient avec des gestes indécens, afin que leurs enfans futurs se trouvassent baptisés par anticipation ; sur quoi le bon père se récrie avec indignation sur cette manière d’administrer les sacremens. Sauf l’acquisition du cheval qui avait