Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/697

Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.


Celui-ci nia fortement qu’elles vinssent de lui. Il résulta d’une investigation scrupuleuse un fait très singulier : O’Connell, ne voulant pas laisser son écriture entre les mains des ministres, avait dicté à son propre fils la lettre en question. Il offrait de faire cesser l’agitation irlandaise catholique, sous condition que le gouvernement anglais arrêterait toute poursuite judiciaire, et l’informerait en outre des mesures qu’on se proposait de prendre pour le repos de l’Irlande ! Cette lettre ne tourna point à charge contre O’Connell parmi ses adhérens. Ils ne lui firent à ce sujet ni remarques, ni représentations.

Il est constant que le ministère whig de 1831 avait besoin des lumières et de l’appui d’O’Connell dans la question de la réforme, qu’on traitait alors. Nous avons déjà dit qu’il leur fut d’un grand secours. On ne saurait douter qu’on ne lui ait fait alors quelques propositions, et qu’on n’ait essayé d’acheter ses bons offices et son adhérence à la cause, par le don d’une charge judiciaire ou d’un traitement annuel. Mais il faut rendre justice à O’Connell : il résista constamment aux sollicitations qu’on lui faisait, avec une grande et loyale fermeté. Et, en vérité, y avait-il une charge équivalente à sa position ? Quel emploi valait la peine de descendre du trône où il siégeait en Irlande ? Quel traitement d’ailleurs eût valu les libéralités des paysans de sa patrie ? Nous devons rappeler ici au lecteur les déclamations d’O’Connell au sujet de la pauvreté de ces mêmes paysans.

Quand l’association catholique fut dissoute, les sommes que l’on prélevait sur le peuple pour la soutenir devinrent inutiles, et quelques amis ardens d’O’Connell proposèrent de continuer le prélèvement de l’impôt, afin d’en offrir le résultat à O’Connell, à l’avocat de la cause irlandaise, comme un tribut de gratitude nationale. On doit supposer, pour l’honneur de cet homme célèbre, qu’une proposition si étrange fut faite à son insu. Quoi qu’il en soit, depuis cette époque on perçoit exactement la rente d’O’Connell, c’est ainsi qu’on la nomme ; et ce sont les prêtres catholiques qui se chargent de cette perception pendant l’époque d’agitation oratoire et de patriotisme mélodramatique que nous avons décrite plus haut. Le dimanche, à la porte des églises, les prêtres et les enfans de chœur reçoivent, au nom d’O’Connell, les offrandes des fidèles ; guinées, schellings,