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Page:Revue des Deux Mondes - 1834 - tome 2.djvu/696

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résultats ne lui firent pas perdre un seul, peut-être, de ses partisans. Sa popularité ne reçut aucune atteinte, et la crédulité de ses commettans ne peut être comparée qu’à la confiance de Daniel dans ses propres ressources. On trouverait difficilement, je crois, dans toute l’Europe une autre contrée capable de subir cette influence extraordinaire d’un simple particulier ; influence signalée par un mouvement commercial universel, et qui rappelle en petit ce drame ruineux dont le président Jackson, en Amérique, aidé de toutes les forces de la démocratie, a donné sur une plus vaste échelle un magnifique exemple.

Quelques autres actions politiques de notre héros, accomplies à la même époque, sont empreintes d’une extravagance à peu près semblable, quoique moins funeste par ses résultats. Il commença par réaliser un étrange système de non-importation, en refusant d’admettre dans sa maison du thé, du café ou de la bière qui seraient dus au commerce anglais. Il mit un crêpe à son chapeau en signe de deuil, et déclara qu’il ne l’ôterait qu’au moment où l’ordonnance algérienne qui défendait les assemblées particulières, serait enfin abolie. Mais au mois de janvier 1831, Daniel se vit au pouvoir de la loi qu’il avait si souvent éludée, soit pour lui, soit pour les autres. Il fut arrêté et tenu de fournir caution pour une information criminelle. Cette sorte de procédure est quelquefois employée contre les particuliers, en Angleterre, où il n’y a pas d’accusateur public, excepté pour les causes politiques. Daniel avait été arrêté, ainsi que plusieurs autres, dans une assemblée illégalement réunie. Le jugement devait avoir lieu à une époque très rapprochée ; mais quelque retard étant survenu dans le procès, le mois de juin arriva rapidement, et l’ordonnance de 1825, portée seulement pour deux années, expira à l’époque dont nous parlons. Alors s’élevèrent contre le gouvernement les récriminations du parti tory. On accusait le ministère d’avoir fait un compromis avec O’Connell, et de se désister de la poursuite. D’autre part, O’Connell était accusé par les siens d’avoir traité avec le gouvernement. O’Connell protesta énergiquement de sa loyauté. Il jura que rien ne saurait l’engager à pactiser jamais avec les traîtres.

Cependant le parlement s’assemble, et le ministère déclare qu’on lui a fait des ouvertures relatives à un traité avec O’Connell.